Je suis un gros con

A la base cet article aurait du s’appeler « Du droit d’être sexiste« , mais ça n’aurait pas été clair, alors j’ai pensé à « Du droit d’être raciste« , mais là ça aurait été trop violent et vous m’auriez pété les couilles. Du coup pour élargir, on va plutôt parler du « droit d’être un gros con« .

Pourquoi cet article ? Ce matin Valérie a publié un petit billet sur le sexisme ordinaire (pour résumer), billet que je partage plutôt sur le fond.
Sur la forme, évidement, je suis comme tout le monde, l’idée qu’on puisse faire chier les gens qui font preuve d’un vague sexisme, ça me gonfle, et ne me rend pas sympathique le combat féministe. Puis je me suis souvenu de ce que me répondent les féministes, à raison, dans ce genre de cas. « Est-ce que tu tolèrerai le racisme ordinaire, comme tu tolères le sexisme ordinaire ?« , en général là je suis comme un couillon, et je réponds « ah ben non« .

Et globalement, c’est vrai, il faut lutter contre le sexisme de la même manière qu’on lutte contre le racisme, à savoir avec fermeté, et de manière systématique, sinon ça n’est plus un combat, c’est du juste du flan.
Mais là on tombe sur un autre sujet qui m’intéresse, la différenciation entre engagement, combat social, et convictions personnelles. Non, « convictions » n’est pas le bon mot, disons plutôt « ressenti personnel« . Tout ceci demande un gros travail d’honnêteté et de prise de hauteur sur ses convictions et ses sentiments quotidiens.

Pour résumer ma réflexion, je crois fermement que l’on peut adhérer à SOS Racisme, tracter à tout va, et être profondément raciste. C’est un exemple évidement.

Tiens plutôt que de donner des exemples à la pelle, je vais parler de moi. Oui je vais faire ce travail là sur moi, en prenant 3-4 sujets sur lesquels mes convictions sont a priori fortes, et qui pourtant posent problème.

- Suis-je sexiste ?
Sujet facile, j’estime clairement être féministe. Je sais détecter le sexisme, et j’ai tendance à le combattre dans ma vie quotidienne (et non militante), dès que c’est possible.
Je suis pour soutenir chaque combat féministe, même les moindres. ET POURTANT, il vous faudra pas chercher bien longtemps pour voir, que ce soit dans mes activités de blogueur, de « photographe », et autres, un comportement clairement sexiste.
J’aurais beau expliquer avec les meilleurs mots du monde que non, je ne le suis pas, et justifier (et assumer) tout ça, au final non, ça ne compte pas. J’ai un comportement sexiste.
Le meilleur exemple, qui a tendance à m’auto-agacer, c’est le jugement que je porte sur les tenues vestimentaires de mes amies filles. C’est systématique, je commente, je note, j’indique quand je n’aime pas, si le vernis ne convient pas, si les chaussures sont moches, si la robe est jolie ou non, et si mon amie se balade en pantalon par exemple, je râle.
C’est atrocement sexiste.

Je suis donc sexiste.

- Suis-je raciste ?
Moins facile comme sujet, parce que clairement, le sexisme a dans l’imaginaire collectif un combat « rigolo » (à tort), le racisme est bourré de lourdeur et de sérieux. Mais bon tant pis, maintenant je suis lancé… suis-je raciste ?

Déjà voyons pourquoi je ne le suis pas…
J’ai toujours été militant anti-FN, uniquement à cause de l’aspect « raciste et xénophobe » du parti d’extrême droite. J’ai été de toutes les manifs du genre depuis mon plus jeune âge. Je ne fais aucune différence dans le travail ou dans ma vie quotidienne personnelle entre un blanc, un noir, ou un arabe, et voilà, clair, net, et a priori précis.

OUI MAIS.
Si un rom monte dans ma rame de métro, je vais planquer mon téléphone. C’est un comportement de méfiance clairement raciste.
Si je croise 4 « jeunes » dans une rue sombre et isolée, je serai moins à l’aise en croisant « 4 jeunes noirs/arabes » que « 4 jeunes blondinets« . Là aussi, si ça n’est pas de la xénophobie de ma part, je ne sais pas ce que c’est.

J’ai une fâcheuse tendance à penser que les antillais sont globalement désagréables dans un contexte professionnel, que les juifs sont tous banquiers ou dentistes, et que oui, les chinois risquent clairement de me faire bouffer du chien, même à Suresnes.

Tous ces comportements ou ressentis sont clairement racistes et n’ont évidement aucun sens. Je pourrais ressortir l’habituel « Ah mais j’ai de très bons amis noir/juifs/chinois/arabes« , même si c’est vrai, ça n’a aucun sens. Avoir un ami arabe n’est pas une assurance contre le racisme.
Alors on se rassure comment sur ce sujet ? Et se disant qu’on est conditionné, par la politique, par les médias, par la société elle même, par l’absence de mixité sociale, et dans ce raisonnement là, on fini par se ressortir à soit même les arguments que l’on récite dans son propre combat de militant anti-raciste.
Après non, ça ne suffit pas, le conditionnement est fort. Il faut du temps et du mouvement pour le faire disparaitre, et je ne crois même pas que ce soit possible.

- Suis-je de droite ?
Ouais pour moi, globalement être de droite pose au moins autant de problèmes qu’être raciste ou sexiste. C’est moche comme raccourci, mais j’ai pas mieux là tout de suite, donc faisons avec.

Je suis clairement de gauche, et plus le temps passe, plus je vire extrême gauche. C’est bien, c’est beau, c’est penser au peuple, au social, ne plus réfléchir en tant qu’individu mais en tant que masse, bla bla.
Sauf que oui, je trouve que je paye trop d’impôts, je suis toujours séduit par la plupart des pays « ultra-libéraux » que je visite, l’assistanat (le mot n’est pas le bon) a souvent tendance à me péter les couilles. Bref, globalement, je peux par moment être aussi un gros con de droite.

Tout ça pour en revenir au titre. Est-ce qu’on a le droit d’être un gros con sexiste, raciste, de droite, ou de tout ce que vous voulez ? Et bien oui a le droit. On a le droit d’être un peu de tout ça, on a même le droit de l’être complètement. Je ne parle pas de droit « légal » là, je parle simplement des faits, d’humanité.
Dans les faits on est tous un de ces trucs là, à divers degrés, et au final, est-ce que c’est si grave ?

Oui c’est dramatique, parce que c’est à cause de toutes ces petites (ou pas si petites) choses que le monde tourne mal. Mais honnêtement, qui peut encore croire que le monde est voué à bien tourner ? Il y’aura toujours des guerres, des viols, des famines. Et Dieu merci, il y’aura aussi toujours les combats pour lutter contre, pour défendre autant que possible les victimes. Même si c’est sans issue. Parce que l’humain a probablement un viscéral besoin de s’occuper, de faire de la merde, de faire du mal, et globalement, d’être très con.

publié le par Paingout

A propos de Paingout

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24 Réponses à Je suis un gros con

  1. abricocotier

    Y’a un truc que j’aime dans cet article, c’est le travail que tu fais *sur toi-même*. Plutôt que de donner des exemples foireux en désignant d’hypothétiques *autres*, tu te prends toi comme exemple, notamment pour l’exemple des roms et des 4 jeunes. C’était pas forcément évident : beaucoup (dont moi) ne l’auraient pas fait. Bon et sinon je suis assez d’accord avec l’article. Et du coup je vais lire celui de CrepeGeorgette.

  2. LeReilly

    SUPER MALAISE.
    (mais bon papier)

  3. Eve La Fée

    Une coquille dans le texte : « il faut lutter contre le sexisme de la même manière qu’on lutte contre le sexisme » (ou bien une jolie tautologie ;))

  4. TruUffe

    ah oui… non mais moi aussi je suis sexiste, raciste et de droite, et pourtant je suis une femme, donc c’est pire non ?
    Pour l’article de CrepeGeorgette je suis d’accord sur le fond et sur l’image que la société renvoie sur le sujet, mais pas sur la conclusion qu’elle semble en tirer et qui (en tout cas c’est l’impression que ça me donne) au lieu d’être libératoire = on a le droit de se regarder et de se trouver désirable sauf qu’il faut que ça arrête d’être l’apanage des hommes, les femmes aussi ont le droit de trouver quelqu’un attirant en le croisant dans la rue (sans lui coller une main au cul hein), un peu dans la censure = puisque c’est comme ça, que plus personne ne se regarde, arrêtons de nous prendre pour des objets.

    En fait ça me gène à plusieurs niveaux :
    1/ J’exige le droit de pouvoir mater tranquillement même si je suis une femme
    2/ Faut arrêter de croire au Père Noël, on est dans une société de l’apparence donc oui, on regarde les autres pour les jauger, et se jauger soit même (se comparer, flatter son ego, admirer…)
    3/ le côté « puisque c’est ça il faut que les hommes ne regardent plus les femmes » tend à me rappeler certains argumentaires sur la burka qui plutôt que d’éduquer les hommes à la modération et au respect demandent aux femmes de se planquer

    (désolée pour la longueur)

    • Pingoo

      TruUffe : Sinon tu peux aussi commenter son article chez elle au lieu de le commenter ici, non ?

  5. TruUffe

    Le point Burka a déjà été fait par quelqu’un d’autre que moi et la réponse a été cinglante… je suis maso mais pas à ce point ^^

  6. valerie

    exagère pas sur les juifs. ils sont aussi dans les media.

  7. Bebette

    Toutes ces idées qui ressortent de l’article montre une sorte de mal être de la société.
    On est mis dans des cases lorsque l’on évoque une idée intéressante (pour 1 personne) d’un parti. Mais ce n’est pas pour autant que l’on adhère entièrement à ce parti ou que l’on se sent identique aux adhérents.
    Les combattants peuvent tous se battre pour la même cause mais sans défendre la même idée.
    La stigmatisation et l’association automatique d’étiquettes est presque inévitable… On connait si peu les personnes que l’on juge tellement rapidement.

  8. Gally

    Il est bien cet article.

  9. Gally

    Par contre je l’ai lu dans mon agrégateur RSS avec une grosse photo de fesses de filles avec de la mousse. Ça m’a un peu perturbée. :)

  10. La Bonne Fée

    Très bon billet ;)
    La conclusion me laisse tout même un goût amer.

    Je ne pense pas non plus qu’un monde sans AUCUN problème et PARFAITEMENT idéal soit possible, ni même souhaitable (Farenheit 451, Equilibrium… c’pas la joie ^^).

    Le vol par exemple.
    Les vols sont très clairement en majorité dus à des problèmes de pauvreté, ou d’appât du gain…
    Mais même si on abolit l’argent (mais si c’est possible) et que les richesses sont équitablement produites et distribuées (mais si c’est possible bis) y’aura toujours un connard (ou une connasse, ne soyons pas sexistes) pour te voler une photo, un CD ou un bibelot juste pour te faire chier.

    Néanmoins, tous les autres types de vol (par nécessité etc) auront disparu. Et ça en fait quand même un sacré paquet.

    Pareil pour le reste : sexisme, racisme, homophobie, pollution… même dans un monde aussi idéal que possible, il en subsisterait des traces. Mais des traces, seulement, et non des logiques et politiques entièrement appuyées dessus.

    Tout ça pour dire que si l’illusion d’un monde idéal ne doit pas nous aveugler (se casser la jambe ça fera toujours mal, un deuil aussi), le « défaussement » derrière l’excuse de « y’aura toujours des cons et on n’y peut rien » ne doit pas non plus l’emporter.

    Une société idéale ça n’existe pas, mais que ça ne nous empêche pas de tendre à ce qu’elle le soit un maximum : mon objectif ?, un monde preskidéal :P

    (et ça commence par arrêter de jeter vos mégots de clopes par terre, bande de gros dégueulasses ! Est-ce que je jette mes mégots par terre moi ?!, ben non. Nan mé.)

    • Casper

      @ la bonne fée
      Bien plus optimiste que l’article :-)

  11. Rod

    le resto à suresnes non loin de la gare est tres tres bon. et meme si c’est du chien ou de la larve de diplodocus, j’ai kiffé ce resto des années durant :)

    Ah oui, rien à voir avec le sujet. bah ouais mais j’en ai rien à foutre. Moi aussi chuis un gros con.

  12. Rod

    pis bon, le sexisme hein, quand on voit la pub « gif rigolo » d’adopteunmec … la fin d’un sexisme unilateral, et bien + toléré que le sexisme homme > femmes. La preuve, diffusé sans la moindre once de choc moral dans les métros. Ah mais oui, c’est pas pareil. On a un début de réponse.

  13. valerie
  14. hugo

    C’est une question d’équilibre en fait… Enfin je crois… Juste une question qui restera sans certainement réponse… ô grand Pingoo :
    Penses tu être le seul à penser comme toi ?
    ou
    Es tu conscient qu’on est certainement très nombreux à penser, non pas comme toi mais d’une manière censée, logique et plutôt naturelle ?

  15. Wendy

    Les antillais en plus d’être désagréables, ils sont fait-néants. Tu ne parles pas des Musulmans… C’est vrai, on en parle assez dans les médias. Un peu caricatural ton Post mais bien ecrit quand même. Ton anecdote sur le planquage de téléphone portable, je pense que c’est pas propre à tout le monde. Les gens se laissent laver le cerveau par de l’intox vu à la télé. Après, il y a ceux qui font la part des choses. Tu as le droit d’être raciste, sexiste et de droite… Il y en tellement des comme ça.

  16. François

    Sur la question du racisme (mais je crois qu’on peut l’étendre au sexisme), le discours d’Obama, et l’histoire de sa grand-mère, reste pr moi une référence (http://www.nytimes.com/interac.....APHIC.html pr ceux qui ne s’en souviendraient plus). On a beau vouloir lutter contre le racisme ou le sexisme, certains réflexes / conditionnements restent ancrés en nous…

  17. Fred

    @Wendy: « Les gens se laissent laver le cerveau par de l’intox vu à la télé »! Tu prends jamais le métro toi? Les gamines roumaines (et non pas rom, tout le monde se trompe) qui dépouillent les touristes dans le métro, c’est difficile de les rater, sur la ligne 1 au niveau des champs par ex…

  18. xenomorf

    Très intéressant de traquer tes aliénations… je me reconnais dans certains traits. Par contre, le coup des roumaines ce n’est pas du racisme. Ce serait du racisme si tu tapotais ton portefeuille à chaque fois que tu croises des roumaine(e)s, mais je suis sur que ce n’est pas le cas (juste ces bandes de filles dans le métro). Je dirai que la lutte antiraciste nous fait culpabiliser à outrance… en l’occurrence ce sont des voleuses avant d’être des roumaines. Pareil pour les racailles, de gros cons avant d’être d’origine…

  19. l'elfe

    Salut, j’applaudis ton article des miens et des pieds. Prendre conscience de son propre racisme et de son propre sexisme et de ses propres blocages psychologiques, limitations culturelles etc… C’est 10 fois plus changer le monde que de repérer ceux des autres! Surtout que la poutre dans son oeil est vachement plus difficile à voir! Donc bravo, espèce de gros con ;) pour ma part je ne suis pas un gros con, mais des fois je suis une vraie fiiiiille, et franchement c’est pas mieux. Une petite conne, en quelque sorte. Mais je me soigne ! Vive les féministes aigries, frustrées, mal baisées et poilues \o/

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