Livre de légende n°2 : Les Fleurs du mal.

Quel numéro 3, et sans faire aucune injure à vos votes et aux deux classés 1 et 2, je dis que c’est un scandale.

fleurs

Cette parenthèse fermée, il est temps de revenir à notre œuvre du jour, Les Fleurs du mal, œuvre multi genre :
Romantique ?, Parnassienne ? Symbolique ?
Un peu des trois mon général, surtout si on analyse l’histoire de la littérature de cette époque.
En effet, les 3 genres décrits plus haut se sont succédés dans le temps et Les Fleurs du mal se situe entre Les Contemplations et La Légende des siècles, entres les Poèmes antiques et les Poèmes barbares. Baudelaire étant donc le contemporain du romantique Hugo et du parnassien Leconte de Lisle. Mais notons toutefois que les grands problèmes ne sont pas d’ordre chronologique.
Ils sont totalement inhérents à la vie du poète. Et la chose la plus fondamentale de la vie de notre héros du jour est qu’il est né alors que son père avait déjà 62 ans et sa mère 27.
Passons sur le Baudelaire timide mais rebelle, provocateur sans fin…
Sa bio est à lire pour comprendre la genèse de son œuvre.

A la différence d’Hugo, Baudelaire est l’homme d’une seule œuvre.  Il a ramassé en un seul ouvrage l’expérience et l’essence de toute une vie.
Ce recueil à donc, nécessairement, une longue histoire et le premier problème à considérer sera d’ordre chronologique.  Il apparaît clairement que l’œuvre publiée ne résulte pas d’un ordre chronologique précis mais procède d’un autre mode de composition, qui révèle un souci d’ordonnance, d’architecture : problème non pas chronologique mais logique.
Le titre déjà : c’est à l’initiative de Babou qu’il a été arrêté.
Fleurs du mal : du choc des deux mots une opposition, que la préposition assortit d’une dépendance.
Et même si en notion philosophique les deux termes sont liés, ils débouchent tout de même sur deux séries d’images totalement distinctes.  Passons sur le procès autour de cette œuvre qui pour l’anecdote eu lieu six mois après celui autour de Madame Bovary.
Les Fleurs du mal ne sont donc pas une simple addition de poèmes qui auraient pris place dans un recueil au fur et à mesure de leur composition.  Surtout qu’il est clairement établit que l’œuvre est en partie autobiographique.
Mais si le lien n’est pas d’ordre chronologique de quel nature est t’il ?
Une étude attentive de l’œuvre montrera une sensibilité très vive à l’événement.
On le vérifiera là ou la vie intime manifeste le mieux sa présence : dans l’inspiration amoureuse.
Tous les poèmes qui ont pour origine une expérience sensuelle ou sentimentale ont été groupés de façon systématique de XXII à LXIV et repartis non selon la chronologie mais selon les intervenantes.
L’œuvre donc exprime l a vérité de la vie.
Les thèmes baudelairiens :

L’Enfance : Les vrais paradis sont les paradis qu’on a perdus écrira Proust. La naissance de la fine mélancolie de Baudelaire assurément.

L’âge d’or : dans le paganisme grec se trouve la jeunesse du monde mais ce n’est que théorie car le fait est balayé par la notion chrétienne du péché.

La vie antérieure : Vision du bonheur ultime pour notre poète.

L’évasion par les sens : Si le poète aspire à un autre monde, c’est que ce monde-ci n’est pas sa patrie véritable.

Le voyage sentimental : De conquête en conquête (cycle de Jeanne, Cycle de Marie)

Le vin : Evidemment il n’est pas ici d’une quelconque chanson à boire, mais plutôt du nectar en lui-même, nectar servant surtout à oublier.

Le « rêve parisien » : Un autre moyen d’évasion.

La mort : constat d’échec du « rêve parisien ».
Les deux strophes du réveil :
En rouvrant mes yeux pleins de flamme
J’ai vu l’horreur de mon taudis…

L’univers social entourant l’œuvre est aussi de la même complexité :

Présence de la ville
Solidarité et charité
Le spleen de Paris
L’univers esthétique
Correspondances
Le dandy
Le culte de la beauté
Le beau et l’utile
L’art et la morale
Le bourreau de soi-même
Le beau est toujours bizarre
L’univers religieux
Assez vaste pour ne pas avoir la prétention d’en faire assez vite le tour.

Si on devait chercher l’influence de l’art baudelairien, il faudrait analyser ses influences immédiates.
Et là on y verrait forcément le romantisme. Mais qui ?
L’élégie lamartinienne est une déception.
La déploration de Musset, une vaste escroquerie.
L’art de Vigny trouve quand même un peu de place dans le positivisme de l’ami Charles.
Hugo ? Sans le délaisser totalement, Baudelaire prit une autre direction.
De toute façon, il suffit de regarder à qui sont dédiés ces fleurs pour voir qui était le plus grand d’après notre héros du jour. L’élu étant donc Théophile Gautier.
La passerelle entre les deux génies se voyant facilement entre l’inspiration macabre pour  « Les métamorphoses du vampire »  qui vient en droite ligne de l’Albertus de Gautier.
Au niveau de la forme du recueil :

C’est un mélange de poèmes courts et structurés.
Avec pour « décorations » des variations extrêmes sur le sonnet.
L’art du refrain avec le fameux pantoum étant aussi souvent de passage ainsi que faux quintils et litanies. Et ne parlons même pas de la révolte de l’octosyllabe.
Et la grande présence des vers raciniens on en cause pas ?

Il est évident facile de comprendre pourquoi cette œuvre est à cette place dans votre classement, c’est d’une modernité indiscutable, d’une richesse à faire rougir la crise actuelle.
Une modernité donc métaphysique mais aussi sociale.
Baudelaire avait déjà découvert la solitude de l’homme au cœur de la ville.
Une modernité autant dans le fond que dans la forme et ceci un siècle après la naissance de l’œuvre.

Si ce n’est pas du génie, si ce n’est pas indispensable comme lecture et si ce n’est pas tout un tas d’autres trucs très positifs alors il est temps d’en finir avec l’humanité.

6 commentaires
  1. funkyss

    Autant j’ai beaucoup aimé les fleurs du mal, par la force poétique qu’il dégage, par la façon que ce recueil à de te mettre les sens et ta raison sans dessus dessous, autant, la modernité d’une oeuvre poétique, moué, je trouve ça discutable.

    Pas parce que c’est forcément « a été », pas parce c’est alambiqué. Mais en fait si. La modernité, dans un texte de Baudelaire, c’est d’être suffisamment vague mais ciselé pour pouvoir être immortel, juste un siècle de plus. Oui, il était visionnaire dans le sens où il a introduit la poésie au service des choses canoniquement moches.

    Mais moi, maintenant, dans mon petit monde, j’attends le messie qui viendra me montrer la même chose aujourd’hui. Baudelaire, c’est dépassé, parce que rendre beau ce qui était moche hier (même si pour lui c’était aujourd’hui, ça, je m’en fous, je le connais pas, Baudel), c’est plus facile. Dépassé, même.

    Sinon, le classement ressemble bien à un top 100 des français préférés des français. Un semblant de saveur, quoi, teinté de bon goût (je n’en suis pas garant, je parle du bon goût bien communément admis, jusqu’à plus soif), mais qui n’apprend rien.

    Finalement, carlita, quel est l’intérêt de l’exercice ? Je veux dire, tu sondes tes potes, t’as sensiblement le même classement, non ? Quel est l’intérêt aussi d’un classement ? Toutes ces oeuvres sont reconnues, par le public, la presse, les deux.

    Bref, Dubitatif, je suis.

  2. carlitablog (Auteur)

    Ben funkyss le but de faire un classement, c’est comme un sorte de jeu, le public visé a été celui de mon blog et celui de pingoo, il était pour moi intéressant de savoir les livres que « mes » lecteurs avaient en haut de leurs classements.
    Après il était évident qu’on allait ressortir avec un classement ultra classique et encore pas tant que ça puisque le plus beau pronostiqueur ne fait que six sur quinze avec des classics pareils. Donc finalement les goûts sont plus diffus que cela.
    Et puis avec les films ça avait été encore plus surprenant.
    Et cela le sera peut être avec la chanson, l’artiste musciale, l’artiste…
    Et puis de toute façon le seul but qu’un truc du genre peut avoir et comme beaucoup de chose dans la vie c’est que cela soit ludique.
    Et à priori cela l’a été vu le nombre de participants (plus de 350)

    On verra la suite.

    Et pour répondre sur le fond je ne suis pas du tout d’accord avec ton analyse de l’oeuvre et du poéte mais ceci est un autre débat.

  3. funkyss

    Carlita : bon, ok pour le côté ludique.

    Sinon, en quoi tu n’es pas d’accord, sur mon analyse (!) de l’oeuvre ? (parce qu’en fait, ceci est le débat)

  4. funkyss

    (Juste en catimini, perso, à l’aveugle, j’ai sondé mes copaings (6 tests-machines) et j’ai un top level de 13 sur 15 (dans le désordre) et une moyenne de 9 sur 15. Ton classement est dans l’ère du temps de mes copaings qui ont répondu au sondage :)

  5. carlitablog (Auteur)

    héhé pour le débat je reviens d’ici 30 min un truc à finir
    sinon 9 sur quinze étonnant quand même

  6. carlitablog (Auteur)

    Mais bon un indice Baudelaire c’est dépassé c’est quand même nawak.
    Y a des choses très vieilles d’une modernité sans fin
    mais promis je reviens avec plus d’arguments pas pour te convaincre mais pour te dire pourquoi je suis pas d’accord du tout

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