Cinéma : J’ai tué ma mère.

Le pitch :

Hubert Minel n’aime pas sa mère. Du haut de ses 17 ans, il la jauge avec mépris, ne voit que ses pulls ringards, sa décoration kitsch et les miettes de pain qui se logent à la commissure de ses lèvres quand elle mange bruyamment. Au-delà de ces irritantes surfaces, il y a aussi la manipulation et la culpabilisation, mécanismes chers à sa génitrice. Confus par cette relation amour-haine qui l’obsède de plus en plus, Hubert vague dans les arcanes d’une adolescence à la fois marginale et typique -découvertes artistiques, expériences illicites, ouverture à l’amitié, sexe et ostracisme- rongé par la hargne qu’il éprouve à l’égard d’une femme qu’il aimait pourtant jadis.

Ce film est formidable, il est d’une simplicité folle et pourtant d’un très grand talent.

Grand comme le talent de son jeune auteur (20 ans).  Et pourtant le sujet n’était pas si simple ou alors beaucoup trop pour tomber dans la facilité et refaire ce qui a déjà était fait sur le sujet.

Et puis quel culot de prendre le risque d’être auteur et interprète principal.

Une sorte de fulgurance rarement vue dans les veines d’un cinéaste si précoce.

Et puis que dire des acteurs, à part qu’ils sont tous d’un excellent niveau.

L’effet est encore plus saisissant si on sait que ce film est le résultat très autobiographique de la vie de notre producteur.  La brillante insolence qui se dégage des propos et des situations de ce film est aussi un ingrédient de la réussite de cette œuvre.  La prise de risque est aussi un très bon point à mettre dans la balance du succès, ce mélange de férocité, de tendresse et parfois d’humour est un dosage parfait de tendre efficacité. Une façon de rendre hommage aux grands créateurs de pièces de théâtres dramatiques.  Et ce n’est que le meilleur qui a été emprunté au théâtre, ces personnages à la précision horlogère suisse, ces dialogues ciselés et percutants, cette mécanique parfaite d’assemblage des situations.

Il est vrai qu’il y a quand même un peu les défauts du théâtre, c’est aussi parfois bavard mais rien de saoulant.  Et de toute façon c’était quand même un minimum que d’avoir les défauts de sa jeunesse.

Un peu trop scolaire en résumé. Mais rien qui ne gâche la fête tellement c’est prenant et psyché à fond.

Et puis quoi de meilleur que d’assister à la naissance d’un grand, très grand réalisateur et acteur.

Aucun risque de perte de temps à courir voir ce film et impatient de voir son prochain opus à ce gentil canadien.

1 commentaire
  1. Oui un très beau film, mais quand on connait les conditions financières très instables qui ont entourées la production de ce film, on croit au miracle. Et dire que même au Québec ce film était totalement inconnu avant que Cannes le sélectionne. Merci Cannes, merci Dolan!

Laisser un commentaire

Laissez un commentaire