Où il est question de porno, de philo…

…et de la meilleure BD du monde.

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John B. Root, comme beaucoup le savent, est mon philosophe préféré. Il a, par son parcours, largement inspiré « Une plume au cœur » (« On aura l’hiver avant les autres » ed° TheBookEdition) dont l’histoire n’est qu’une métaphore de son existence romancée. J’aime son côté tache, débutant gaffeur volontaire dans un milieu, finalement, hyper codifié. J’en veux pour exemple ce combat auprès de Catherine Tasca, alors ministre de la culture, pour que le porno puisse être considéré comme un genre cinématographique et donc bénéficier des même régimes fiscaux. Ou cet autre, qui me tient un peu plus à cœur, pour le développement des films avec capote dans une industrie où le sexe non protégé est un argument de vente et de promotion.

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Le lecteur assidu aura tout de suite remarqué l’ironie de la coïncidence avec une autre industrie, tout aussi productive, et dont le représentant VRP de dieu sur terre subit actuellement quelques déboires médiatiques sur le même sujet.
Bref, tout ça pour dire que j’aime JBR certes plus pour ce qu’il est et ce qu’il représente que pour son œuvre que je connais, finalement, assez mal, n’en déplaise aux mauvaises langues (ainsi qu’à moi-même).
De ceux qui auront suivi discrètement, et presque honteusement, inkorrect 1 et 2 connaissent déjà certainement cet essai (en philo on ne dit pas billet ça fait trop peuple) sur les bienheureux puceaux.
Je reprendrai donc pour moi, et en moins bien, cette idée qui était sienne, fut il en être remerciée à sa juste valeur.

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Je maudis le jour ou j’ai lu, sur les avisés conseils paternels, « SOS bonheur ». Car, de ce jour, je suis devenu très critique sur la qualité des bandes dessinées ramenant systématiquement toute œuvre graphique à cet Everest insurmontable de la BD.
Aujourd’hui, quand je lis une BD, mon but principal est de retrouver une partie des sensations de mon dépucelage intellectuel. Sensations qui, de plus, s’affadissent inexorablement avec le temps. Je deviens blasé et seules quelques perles comme savent encore le faire Larcenet (le combat ordinaire), Boilet (l’épinard de Yukiko), Davodeau (chute de vélo) ou la paire Guarnideau-Canales (Blacksad) me secouent suffisamment les neurones pour apaiser ce manque. Mais rien n’égalera plus jamais la découverte du plaisir innocent de ma première fois avec Jean Van Hamme (oui le même que pour Largo mais en plus jeune).
SOS bonheur fait parti de ces livres qui ont réellement changés ma vie. Avant, la BD n’était qu’un passe temps ludique à tendance humoristique saupoudré d’une touche de Tintin pour les classiques. Et puis j’ai découvert que la BD pouvait être aussi ça. Par la suite, je suis devenu un acheteur quasi compulsif ingurgitant, dans mes pires périodes, une dizaine de livres par jour juste pour espérer reproduire le sentiment de cette première fois.
Aujourd’hui, je me contrôle, plus par dépit que par envie. Je sais que ma quête est à jamais perdue et vouée à terminer dans la frustration.
D’augmenter les doses, de multiplier les expériences littéraires même les plus extrêmes ne sert à rien car tout ceci devient vite fade et ennuyeux. A vous les bienheureux puceaux qui n’avez jamais lu SOS bonheur, prenez votre temps avant de franchir le pas de votre première fois. Allez y progressivement, prenez le temps de découvrir, laissez vous charmer sans honte par le monde de Troy, par Largo ou même Astérix, ne précipitez pas votre passage à l’acte.

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Avec un peu de maturité, vous pourrez commencer à regarder les productions Air Libre tel que Monsieur Noir, lune de guerre, l’autoroute du soleil, le vol du corbeau ou encore Où le regard ne porte pas (qui n’est pas chez aire libre mais qui ne pouvait pas ne pas être cité). Quand je pense que, pour toi, jeune puceau, tous ces trésors pour public averti résonnent encore comme un vase creux, comme je t’envie.
Et, quand il sera temps, tu sauras, cela deviendra comme une évidence et toi aussi tu liras SOS Bonheur sans trop te brûler les ailes car tu le savoureras comme un dessert succulent, le point culminant de ton premier vrai orgasme littéraire.

4 commentaires
  1. jipe

    Ayant adoré l’album de Larcenet, je note les titres et je me met en quête..
    Merci ;-)

  2. -sTraTe-, il faut que l’on se recontre, j’ai l’impression que je viens de lire ma bio :-)

  3. -sTraTe-

    jipe : c’est du garanti ou rembourse ou presque :)

    Suricat : passe qd tu veux tu es le bienvenu.

  4. Pierre S

    Gros lecteur de Bd, j’ai kiffé de lire ta chronique. SOS bonheur fut pour moi aussi un uppercut mais ce ne fut pas mon dépucelage intelletuel, que j’ai eu en lisant Tendre Banlieue.
    Je lis assez peu les titres de l’Association, trop réalistes, souvent très tristes.

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