Mes névroses : la cabine d’essayage

T’es peinarde (oui, en général dans ce cas, tu es pourvue d’ovaires…). Tu essayes des fringues dans une cabine. Déjà, en soit, c’est pas hyper simple. T’as chaud. Certes, dehors, il fait 3°, mais dedans, le chauffage est à 52° et les spots ont été réglés par Gilbert Montagné sur Sunlights des Tropiques.

Ça, c’est pour te faire croire que oui, ce petit top à manches ballon en satin léger, tu peux le porter en plein mois de décembre.

Donc, tu transpires. Tu es seule face à ta cellulite, à tes cernes et tes rides accentuées par ces fichus spots. Seule face au miroir déformant qui tente de te persuader que tu fais du 36 alors que tu fais du 40. Seule face aux hauts parleurs qui crachent du David Guetta en boucle. Non, c’est pas facile, mais c’est pour la bonne cause, celle de la mode.

Donc, par cette chaleur, tu essayes un pull en laine col roulé, une veste doublée et une jupe triple épaisseur. C’est l’hiver normalement. Tu restes logique malgré l’ambiance de la boutique.

Et c’est exactement à ce moment-là. Tu es en soutif, le gras du ventre à l’air. Échevelée. Le make-up qui coule. En train de batailler avec le zip de la jupe. Et là, Cindy, la vendeuse friendly, entre dans la cabine. Comme ça. Sans préambule. Sans prévenir. À brûle pourpoint. De façon comme qui dirait impromptue.

Elle dit pas bonjour Cindy. Non. Elle te tutoies Cindy. Tu vas me dire « toi aussi », mais moi c’est par écrit, pour faire genre. Dans la vraie vie, si je ne te connais pas, je ne te tutoie pas, moi. Cindy, si. Elle te connaît Cindy ? Non.

« Alors, ça te va ? »

Elle est myope Cindy ? Elle voit pas que t’es à moitié à poil ? Elle est conne Cindy ? Elle ne comprends pas que si tu n’es pas sortie de la cabine c’est qu’il y avait une bonne raison ?

J’ai ma petite idée sur ces questions, mais je ne voudrais pas t’influencer…

Tu réponds :

« Hum. Eh bien, je ne sais pas encore, je suis en train de l’essayer… »

C’est ça ou la baffe direct. Mais tu es polie.

« Ah, mais c’est pas grave ! Je vais t’aider à l’ajuster ! »

Et là, Cindy, avec ses cheveux moitié noirs, moitié jaunes, son gloss pink et ses mains froides que tu te demandes comment elle fait alors que tu n’es pas loin de l’état du poulet rôti du dimanche, elle te touche les bourrelets de ton ventre qu’elle ne connaît ni d’Eve, ni d’Adam, ni de Pierre de Paul ou de Jacques.

Pauvre folle.

C’est en général à ce moment que JE pète les plombs. Je m’agite, je bafouille, je la pousse hors de la cabine en braillant qu’on a pas élevé les cochons ensemble, ni les poulets du dimanche d’ailleurs, et je passe pour une cinglée.

Et voilà comment découvrir une nouvelle névrose. Maintenant, je jette des regards polaires à tous les vendeurs de fringues tellement ça me fait flipper.

Et le premier qui me tutoie sans permission écrite et certifiée par huissier au préalable passe en général un sale quart d’heure.

Mais ça, c’est encore un autre type de névrose… :)

10 commentaires
  1. J’ai mieux : le vigile qui « pense » en toute innocence que t’es qu’une voleuse qui enfile les fringues dans les cabines les unes par dessus les autres et qui d’un coup, alors qu’à ce moment-là les fringues soi-disant enfilées sur toi sont encore accrochées à leurs ceintres mais que les tiennes par contre sont tombées bien bas, ouvre le rideau sèchement et regarde avec un petit sourire narquois.
    Ils choisissent bien leur moment, les vigiles, pour que justice soit faite.

  2. Tu as aussi le « mais ca vous va TRES BIEN » alors que d’évidence, le truc a été concu pour une fille de 42 kilos/1.80.

    ou le merveilleux « sortez donc de la cabine qu’on voit mieux » alors que tu préférais être empalée que d’en émerger.

  3. Genre t’as des bourrelets… ;)

  4. Pénélope (Auteur)

    Genre, quand on est en sueur et mal à l’aise dans une fringue on a tous des bourrelets :)

    Valérie : dans ce cas, j’ai réussi à dépasser un truc : j’hurle de rire et je lui dis « mais vous ne voyez pas que cette chose est absurde sur moi !!!??? Allez donc chez l’ophtalmo ! »

    Ca lui fait peur, mais ça me détend…

  5. Nab

    Cindy : « Hiiiiii ça vous va TROP bien »
    Vouzémoi : « Heu.. ben bof en fait, c’est serré »
    Cindy : « Naaaaaan mais pas du touuut mais ça se porte cintré voyoooons »
    Vouzémoi: « Cintré c’est pas boudiné. Non merci ».

    Et là Cindy sort SON argument qui tue « AAAh mais si vous voulez on l’a en plein d’autres tailles, et puis surtout on l’a aussi en JAUNE!!! :D » (oui car quand Cindy parle y’a des smileys dedans).

    Vouzémoi : « Glups ».

    Cindy, mon chou, ça se voit pas que je m’habille qu’en noir?

    Courage, Pénélope, un jour une boutique comprendra que les cabines sans vendeuse glu, ça fait vraiment mieux vendre.

  6. evil-brequin

    Bien content d’être un mec, je suis. De toutes façons, depuis que je ne bosse plus, adieu costars, chemises, cravates et tout l’attirail du cad’sup alakon. Maintenant, je donne dans le look geek kosovar.

  7. Le vigile qui entre dans la cabine sans prévenir, je porte plainte pour attentat à la pudeur. Minimum.

    Ceci dit, je n’imagine pas ça avec des mecs non plus. Genre le vendeur (ou vendeuse, ou pire le vendeur manifestement homo) qui entre dans la cabine d’un mec en train de se changer, il se prend un bourre-pif direct et plus si affinités. A la limite, la vendeuse, elle risque de subir un attentat à la pudeur en retour et elle aurait l’air maligne à porter plainte dans ces circonstances…

  8. Pénélope (Auteur)

    AH OUAIS NAB, le JAUNE. Mais qu’est-ce que c’est que cette nouvelle lubie ? Personne ne peut porter du jaune (je veux dire du vrai jaune en plus, pas moutarde années 70, non, Cindy elle te ramène Maya l’abeille…).

    Au pal, Cindy.

  9. On a pas les même cabines en Belgique…ou bien vous délirez sur le voyeurisme,ou bien vous êtes vraiment cintré(e)s…Je présume que tout cela est bien parisien…

  10. Pénélope (Auteur)

    Bah non. Parce que j’ai habité à Toulon, à Sanary, à Montpellier et en effet à Paris. Toujours la même chose !!! Mais en effet, je n’ai jamais connu ça en Angleterre ou en Italie par exemple…

    Etonnant ! Serait-ce un « francicisme » ?

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