Quand ch’srai grande je serai mathématicienne

Je suis une handicapée des chiffres. J’ai beau insister, m’acharner, faire tourner mes neurones le plus vite possible, la rhétorique mathématique reste un mystère insondable pour mon pauvre cerveau.

Comme une langue étrangère. Totalement étrangère. Un dialecte venu de l’espace. Intraduisible. Impossible à cerner, à apprendre, à apprivoiser. Même après des années de tentatives désespérées.
Cela a commencé relativement tôt. Dès l’école primaire en fait. À 4 ans, je savais lire et écrire. On m’a faite entrer au CP. Je me suis emmerdée ferme jusqu’au collège (ou j’ai été dans des « classes de niveaux »). Puis sommeil prolongé jusqu’à la prépa. Dans quasiment toutes les matières.

Sauf les maths. Comme de nombreux bambins, j’ai appris à compter sur mes mains. Depuis ce jour, comme une débile, je continue à compter sur mes doigts. Je n’ai jamais réussi à intégrer ce langage de façon abstraite, dans ma tête. Comme si cela restait extérieur à moi. Sur mes doigts. Pas dans mon esprit.

Et puis les tables de multiplication. Grands dieux que j’ai pu les réciter. À en devenir quasi obsessionnelle. Quand je retenais une page entière d’un bouquin par cœur en 5 minutes, j’avais besoin de plusieurs heures pour ingérer une table. Vous allez me dire, que bon, une table, c’est grand, indigeste… Oui, je sais, elle était facile celle-là. Mais je ne sors pas encore.

Mais bon. Je détestais l’idée que cette discipline me résiste. Je me suis obstinée jusqu’à l’épuisement. Jusqu’au jour où un gars a dit « f de x = ». Et là, bug. Mes synapses se sont bloquées. Du chinois. J’ai passé 2 heures à avoir l’impression d’être tombée dans une faille spatio-temporelle et que ce prof me parlait en chinois. J’ai vérifié mes cheveux pour voir s’ils avaient viré au brun foncé. Les visages de mes camarades de classe pour voir s’ils avaient tous les yeux bridés. Mais non. Le prof n’était pas un panda déguisé en homme. Non. Ça venait bien de moi. Tout le monde autour hochait la tête, genre « Oui, c’est évident ! Les hommes marchent, les oiseaux volent et le ciel est bleu comme une orange voyons ! »

Depuis ce moment précis, les mathématiques sont devenues une énigme totale. Même le docteur Kawasaki se fout de ma gueule niveau 1 sur DS. La honte.

C’est pourquoi j’éprouve une admiration invraisemblable pour les mathématiciens, les comptables, les banquiers, toutes ces personnes capables de se servir des chiffres sans trembler ni pleurer de rage, de parler cette langue fascinante. Rien de plus palpitant pour moi que d’observer quelqu’un résoudre une équation à 3 inconnues. Ou même à une seule ceci dit. Je le regarde, et j’essaye de saisir comment son cerveau fonctionne. Quelle est sa logique. Pourquoi est-ce qu’il a accès à ce savoir et pas moi.

Et surtout, pourquoi est-ce que cela le plonge dans une liesse proche de l’orgasme lorsqu’il arrive au terme du problème ! J’ai vu les visages les plus fermés, les plus impassibles, les plus ingrats, s’illuminer face à une équation résolue ! Le délire !

J’aimerais tellement comprendre ! Ah oui, c’est décidé, quand je serai grande, je veux être mathématicienne !

22 commentaires
  1. rv

    recherche petite personne de 900 ans vertes avec oreilles pointue capable de résoudre p = non p
    8v)
    moi de mon cote j ai été un boulet en maths du jour ou on a mis 5 pages pour me parler des ensembles , de binomes ( en 6 eme ) , et de conneries du genre espace vectoriels ( seconde à l epoque )
    je n ai rien capte aux integrales jusqu ‘ au jour où j ai compris à quoi ca pouvait servir…et j ai oublié depuis
    Depuis je suis devenu  » financier  » après avoir été « banquier »je suis balèze dans mon boulot mais je suis une quiche en maths . Comme quoi ca n’a pas de rapport..

  2. Jay

    Nous devons être connectés car va voir mon billet du jour sur chicheux.ch :)
    (http://www.chicheux.ch/2008/10.....tree-hein/)

  3. ltcolonel

    Je suis comptable de formation, et mon psychiâtre a dit qu’il ne pouvait plus rien pour moi… Alors ne soit pas trop triste ;-)

  4. Broz

    Juste une remarque : le calcul et les maths sont deux choses très différentes. On peut être un mauvais calculateur et un remarquable mathématicien (Cauchy, d’après mon prof de prépa)

  5. T1T1

    Je te rassures, personne n’est capable de résoudre une équation à trois inconnues. Il faut au moins deux équations supplémentaires :)
    Einstein était plutôt un physicien, mais je chipote, il faut avoir fait un peu de maths pour comprendre la relativité générale.

  6. Effectivement, Einstein était une quiche en math, incapable de résoudre ses propres équations. Il a même dû faire appel à plusieurs de ses amis mathématiciens … Comme quoi, ça n’a rien à voir avec le génie !!
    Personnellement, j’ai loupé ma prépa à cause des maths, et si c’était çà refaire, je recommencerais quand je vois où ça m’a mené !!
    Courage Pénélope, un jour, peut-être …

  7. studdywax

    je te soutiens : j’ai eu 1/20 a mon BTS…mais j’ai eu mon diplome ! comme quoi.

  8. Les Maths ca c’est un grand monde, moi je les aime car elles sont parfaites, elles sont logiques, il n’y a pas d’erreur pas d’irrégularité, pas d’exeption mais bon chaqu’un ses points faibles. Moi, malgrés de multiple réflexion, des fronts qui se plissent, des becherelles ouverts en permanence, je le dis, oui, JE NE SAIS PAS ECRIRE 2 MOTS A LA SUITE SANS FAUTE !!

  9. Mon plus grand malheur n’est pas en rapport avec les maths; mais avec le français !

    COD, CDD, CDI, enfin trop de popo. J’ai jamais su avoir la moyenne dans cette matière !

    Ah si seulement on pouvait dériver le subjonctif pour en simplifier la forme !

  10. EL BILOUTE

    23 est un nombre premier, 3 aussi, mais 69 ce fait à 2, est quel plaisir…

  11. Pepper

    @Broz : +1

    @T1T1 : +1 aussi

    @MADs : Einstein une quiche en math ?? Faudrait peut-être faire attention à ne pas trop se laisser aller aux légendes populaires… Quant à demander de l’aide à des collègues plus compétents dans telles branches scientifiques, c’est très courant dans le monde de la recherche, crois-moi ! Question d’humilité !

    @Demi-Binome : Que fais-tu des problèmes indécidables ? Kurt Gödel, ça te dit quelque chose ? Si oui, trouves-tu les maths si infaillibles que ça finalement ?
    Et puis je n’aime pas la façon dont les gens opposent qualités scientifiques et littéraires… On peut très bien avoir les deux !!

  12. Pénélope (Auteur)

    Pepper, OUI, je connais des personnes qui sont très doués aussi bien pour les arts, la littérature, les langues, et les matières scientifiques… Ce sont ceux qui me fascinent le plus !

    J’avais un ami d’une invraisemblable humilité qui était de ceux-là. Il a eu tous les tableaux d’honneurs de la terre, et il avait une patience adorable avec moi lorsqu’il tentait de m’aider en maths. Il était musicien aussi. Comme quoi, rien n’est incompatible, vraiment.

    Par contre, dès que les maths étaient « appliqués » à un domaine « concret », comme la physique ou la chimie, je me sentais beaucoup plus à l’aise. Bon, c’était au lycée, donc je ne garantis rien pour maintenant !!! :)

  13. Xenodis

    C’est normal tout ça, c’est parce que t’es une femme.

    … et pour m’aider mon copain soral

    http://www.dailymotion.com/pri.....dio-103-59

  14. Pepper

    @ Xenodis : Je n’aime pas ta fatalité… quant à ton pote Soral, qui voit le ratio 50% de femmes en sciences dures comme une contrainte imposée par l’idéologie féministe, je dirais qu’il est très fort pour récupérer et déformer des arguments scientifiques pour défendre ce qui n’est au final qu’une autre idéologie aussi, à savoir que les femmes ne sont pas faites pour les sciences dures.
    Puisqu’il prône moins de stalinisme et plus de liberté dans ce domaine, prenons-le au mot et laissons le choix aux filles…

    Maintenant, petit raisonnement de matheux : nommons « A » l’assertion suivante « les filles ne sont pas faites pour les sciences dures » ; il suffit d’un contre-exemple pour démontrer que A est fausse (et rien d’autre, j’insiste). Tu trouveras dans l’histoire des sciences, j’en suis sûr, de nombreux exemples de femmes qui y ont réussi… Marie Curie, tu connais ?
    Donc l’assertion A est fausse !! Et tant pis pour Soral… (mais ceci dit, je reconnais que le féminisme à outrance peut causer des dégâts…)

    Mais peut-être préfères-tu quelque chose de plus concret ? Et bien voici : je suis thésard dans une école doctorale de mathématiques (ED 184 à Marseille), et je fréquence quotidiennement des sœurs de thèse ou encore des chercheurs femmes confirmées… Fais-moi confiance : elles comprennent très bien les maths !!

    Avant dernière remarque : ce n’est pas parce que l’auteur du billet est une jeune femme (Pénélope) qu’il fallait obligatoirement dériver sur le thème « femmes et sciences dures ». Pénélope n’a jamais fait référence à sa condition féminine lorsqu’elle parle de ses difficultés à cerner les maths… Tu vois bien que tu t’es fait bourrer le crâne par une idéologie !!! ;-)

    Enfin dernière remarque : l’interviewer de Soral est d’une daubissime nullité face à l’argumentation de Soral. Je te reproche de nous avoir donné un lien de très mauvaise qualité : il n’y a pas de vrai débat, personne n’avance réellement…

    Good night !

  15. Xenodis

    J’aurai du m’excuser à l’avance parce que j’ai placé ce lien avec un peu de légèreté.

    Alors non je ne me suis pas fait bourrer le crâne et je ne suis pas entièrement d’accord avec l’interview, je suis moi-même un homme et parfaitement nul en math et je ne nie pas le fait qu’il existe des femmes dans le monde des sciences.

    Ce que je peux trouver juste, c’est lorsqu’il avance que l’esprit féminin est différent de l’esprit masculin et que les femmes ont globalement moins d’affinités avec la logique et les maths (ce qui peut se vérifier facilement par des stats): ce n’est pas une question d’intelligence ou de capacité mais d’affinité.

    Alors évidement si je suis ton raisonnement « de matheux » :
    nommons « A » l’assertion suivante « le tabac est nocif pour les poumons » ; il suffit d’un contre-exemple pour démontrer que A est fausse : j’ai un grand-père qui a fumé de 13 a 90 ans sans jamais avoir développé une maladie liée au tabac.

    Mais nous savons tout 2 qu’avec des exceptions on ira pas très loin.

    Bye

  16. romu

    Moi les chiffres, ça me gonfle.
    D’ailleurs quand mon doc me dit : « dites 33 « , il voit voit mes amygdales qui ont triplé de volume.

  17. Pepper

    @ Xenodis :
    >> « J’aurai du m’excuser à l’avance parce que j’ai placé ce lien avec un peu de légèreté. »

    Ok no problem.

    >> « Alors non je ne me suis pas fait bourrer le crâne et je ne suis pas entièrement d’accord avec l’interview, je suis moi-même un homme et parfaitement nul en math et je ne nie pas le fait qu’il existe des femmes dans le monde des sciences.
    Ce que je peux trouver juste, c’est lorsqu’il avance que l’esprit féminin est différent de l’esprit masculin et que les femmes ont globalement moins d’affinités avec la logique et les maths (ce qui peut se vérifier facilement par des stats): ce n’est pas une question d’intelligence ou de capacité mais d’affinité. »

    Ok, dit comme ça, ça me convient plus. Mais Soral pousse loin et semble appréhender les choses en termes d’incapacité de la part des femmes. Je ne vais pas aller réécouter l’interview car je n’ai pas trop le temps, mais si je me rappelle bien il dit quelque chose comme « Si,dans un pays, 50% des chercheurs en sciences dures sont des femmes, les productions scientifiques de celui-ci vont fortement baisser »…

    Quant à ta reprise de mon raisonnement matheux, je ne suis pas du tout d’accord avec toi. Sans moquerie ou quelconque offense de ma part, effectivement tu ne sembles pas doué pour la logique formelle ;-) Je m’explique : ton assertion et le contre-exemple que tu donnes sont incompatibles. Une assertion A du genre « fumer tue » ou « fumer provoque le cancer du poumon » aurait effectivement été mise en défaut par le contre-exemple de ton grand-père… C’était le premier point. Second point : d’un autre coté, si je garde l’insertion “le tabac est nocif pour les poumons”, et bien même si ton grand-père n’a jamais développé de maladie liée au tabac, on ne peut pas dire que cela n’ait pas été nocif quand même pour ses poumons. J’imagine qu’il a dû y avoir au moins une cellule de ses poumons qui soit morte à cause du tabac pendant tout ce temps !! Donc le cas de ton grand-père n’est pas un contre exemple à ton assertion première !!

    Bonne journée,
    Pepper

  18. Xenodis

    C’est tout le problème de soral, c’est quelqu’un de pertinent qui a malheureusement un gout très limite pour la contradiction et la provocation au point de ne plus en être logique (ex: le fn)

    Parfaitement d’accord concernant mon exemple j’aurai du utiliser « fumer tue », mais je voulais simplement mettre en évidence l’inutilité d’avancer des exceptions lorsque l’on parle d’un sujet dans sa globalité.

  19. Pepper

    @ Xenodis :

    >> « C’est tout le problème de soral, c’est quelqu’un de pertinent qui a malheureusement un gout très limite pour la contradiction et la provocation au point de ne plus en être logique (ex: le fn) »

    Peut-être, je te fais confiance pour ça : je ne connais pas vraiment le bonhomme à vrai dire…

    >> « Parfaitement d’accord concernant mon exemple j’aurai du utiliser “fumer tue”, mais je voulais simplement mettre en évidence l’inutilité d’avancer des exceptions lorsque l’on parle d’un sujet dans sa globalité. »

    Ca dépend, ce n’est pas forcément et toujours inutile… en tout cas en sciences. De petites exceptions sont souvent l’occasion de grandes remises en question et d’évolutions…

    Quoiqu’il en soit, je voulais simplement faire un clin d’oeil au sujet de ce billet en parlant d’assertion, ça n’allait pas plus loin ! ;-)

  20. Funkyss

    Pepper> sauf que Soral pense que cette différence est éminement naturelle (et donc immuable), alors que pas du tout. ML’enfin, c’est pas la première connerie que dit Soral.

  21. « soral pense ».

    hahahaha.

  22. Pepper

    @ Funkyss : OK

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