Sauce napolitaine

Là ma foi, Saviano devait s’en douter. La mafia, n’en a jamais douté.
Chatouiller l’orgueil de mâle des Casalesi avec une plume, on devine où ils doivent se gratter.
Si le best-seller  Gomorra a fait un carton, les mafieux napolitains veulent en faire un aussi. Au centre de celui-ci, le rond à 1000 points et à 1,2 million d’exemplaires: Roberto Saviano, écrivain ayant relaté certains mécanismes d’une organisation disons « non-gouvernementale », la Camorra, et d’un de ses clans disons  » la sauce rouge sur tes pasta, c’est pas de la tomate », les Casalesi.

Sur le front du nouveau p’tit frère de Salman Rushdie est écrit au laser rouge  Tu passeras pas Noël.
Et si le film tiré de ton bouquin pourri a été primé à Cannes, t’auras pas le temps de voir ce qu’il va récolter aux Oscars car il nous a déjà trop emmerdé. On compte les balles de Noël qu’on va accrocher à ton sapin de cercueil. C’est pas te reposer sur tes lauriers dorés que tu vas pouvoir faire, mais y dormir l’éternité.
Certes, la phrase est longue, mais Saviano a un grand front. Car il est malin. Pas d’un point de vue instinct de survie, mais d’un point de vue marketing pré-mortem et gloire posthume.
A part ses voisins qui le vilipendent de peur de sauter avec lui le jour du feu d’artifice, l’Italie se mobilise pour le défendre et l’encenser. Bientôt ce sera le gratin mondial artistique, puis les défenseurs de la liberté d’expression pour les muets qui n’ont rien à dire.
Il a écrit ce qu’il a voulu, mais c’est sa vie qui doit lui en vouloir. Oui, il a la nostalgie des jours ordinaires. Non, il n’aime pas l’homme inquiet, traqué et irrascible qu’il est devenu.
Comme quoi il vaut mieux s’assurer qu’on peut continuer à être en paix avec soi-même quand on déclare la guerre aux autres.  On ne peut mettre sa liberté en danger sans le regretter que si celle-ci dépend viscéralement de sa liberté d’expression, et qu’on ne peut pas la fermer. Pas de tricherie possible, sinon on se fait pan pan tout seul dans la tête.
Pour ma part, je n’écrirais pas un livre sur les bienfaits du mariage si j’étais pris dans la toile d’une veuve noire. J’irais pas où y’a des veuves noires, d’abord.
5 commentaires
  1. en fait j’adore quand tu écris. donc tu le fais plus souvent, merci.

  2. jipe

    Il parait qu’ils recherchent sur google tous ceux qui commentent ce bouquin.
    Comme Valérie, j’adorais quand tu écrivais :)

  3. romu (Auteur)

    :) merci
    Dans mon cortège funèbre, remplacez les pleureuses par des pingouines.

  4. Val

    Je trouve ce texte assez triste en fait, bien écrit et toussa. Mais il faut pas oublier que ce qu’il voulait c’etait montrer les mécanismes de la Camorra, la même Camorra qui gangrene le pays.
    Le fait de dire : « Bah tu crains pour ta vie fallait pas le faire » est un peu mesquin je trouve. Je pense que des fois tu écris sur des sujets qui te révoltent, la c’est la même chose, certes pas a la même echelle…

    Dommage

  5. romu (Auteur)

    Ah non, c’est pas ce qui est écrit.Il n’y a pas de jugement sur ce qu’il aurait dû faire ou pas, ni de jugement sur sa personne ( marketing à part pour le fun ). Juste le constat qu’il vaut mieux se sentir en paix quand on révèle des choses qui amènent un danger pour sa personne; La conviction de son acte est le seul truc qui aide à supporter les conséquences invivables.

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