Mes névroses : la bibliothèque

Honte sur moi. Que les dieux de la littérature me torpillent. Que l’on me sacrifie face aux portes de l’Académie (française, pas celles de ceux qui braillent faux). Les bibliothèques me font flipper. Je ne les aime pas. Ce ne sont pas mes amies. Je n’y vais jamais. Beurk.


Oui. Je sais. Je suis éditrice à ce qu’il paraît et donc je dois me frotter aux murs de ces lieux de culture quasi gratuite et sublimement démocratique. C’est mal de détester les bibliothèques.

Mais voilà. J’ai mes raisons que la raison ignore grave. Comme toutes les névroses vous me direz. Les livres sont mes amis. J’ai besoin d’eux pour vivre. Je veux dire au sens strict. Je suis complètement paniquée si je n’ai pas mes livres avec moi. Avant même de déballer les fourchettes et les assiettes, quand je déménage, je sors les bouquins et je les installe sur les étagères face à mon lit. J’ai besoin de les voir, de pouvoir les toucher, de savoir qu’ils sont là, pas loin, que je peux m’en emparer dès que l’envie m’en prend. Comme tous les bons amis, les livres doivent être fidèles. Et pour être d’une fidélité exemplaire, pour être là pour moi à toute heure, il faut qu’ils soient à moi. Qu’ils ne puissent pas sortir de ma maison. Qu’ils restent là.

D’où la névrose de la bibliothèque. Je me contrefous, étrangement, de « l’infidélité adultère » des livres. Qu’ils soient passés entre toutes les mains. Que d’autres les aient triturés, respirés, voire annotés. Peu m’importe leur âge. Leur état. Liftés ou pas. D’ailleurs, j’ai tendance à les préférer pauvres (entendez livres de poches pour les romans) et usés, le dos cassé, les pages ridés et jaunies par le temps. Je suis une gérontophile du bouquin.

Par contre, une fois en ma possession, une fois passés entre mes mains, dans mon esprit, je ne peux plus m’en séparer. Les prêter, à la rigueur. C’est douloureux mais je le fais quelquefois. Mais les abandonner. Non. Jamais. Il m’est même arrivé de refuser obstinément de rendre un ouvrage à une bibliothèque. Parce que cette névrose va plus loin. Je ne voudrais pas d’un nouvel opus, tout neuf par exemple, pour remplacer celui que je viens de lire et ainsi le rendre à la communauté. Non, non, non. C’est celui que j’ai lu que je veux garder à tout jamais.

Ah, et sans étiquette ou rajout éventuel. J’y tiens. Cela peut me rendre complètement dingue, une étiquette au dos d’un livre que l’on ne peut arracher sans l’abîmer. Mais ça, c’est encore une autre névrose…

8 commentaires
  1. J’ai le même souci, mes livres vivent avec moi. Cela dit, chez moi je crois que ça frôle l’hérésie et que cela donnerait la chaire de poule à l’éditrice que tu es… J’écris sur mes livres, défaut d’étudiante. Sauf que ça va plus loin dans mon cas, j’écris mes idées, mes listes de courses, mes pensées sur l’histoire que je lis et même des fois je gribouille. Je tâche de chocolat chaud, je fais tomber dans mon bain …. Je ne me permets pas ce traitement si le livre n’est pas à moi, mais je profite moins de la lecture dans ce cas.

  2. Flashou

    Dans le même genre de souffrance bibliophille, je ne peut m’empecher d’acheter un livre qu’on m’aurait prété et que j’aurai aimer. Dans facilement 90% des cas je ne le relirais même pas, mais j’ai une étrange sensation d’inacomplissement si je n’ai pas physiquement le support d’une oeuvre qui est dans mon esprit.

    On fait un groupe de soutien psychologique ? « les lecteurs annonymes » ?

  3. ah je sais pourquoi tu parles des étiquettes ; j’ai vu ta news sur la – bonne – idée de l’Association.

    Je n’aime pas non plus les bibliothèques, juste pour l’idée qu’il faut rendre en temps et heure, qu’on doit en emprunter un nb limité.

    Sinon comme Lucie, je fais n’importe quoi avec mes bouquins (c’est ainsi que j’ai bousillé deux pléiade de ma mère en les lisant dans mon bain).

  4. jipe

    Moi aussi j’adore les bouquins racornis et rabougris, ça me rend tout chose comme rencontrer une grand-mère aux mains calleuses qui pourra me raconter toutes ces choses d’antan, mais par contre je peux pas voir un de mes bouquins me regarder avec des yeux larmoyant de celui qu’on a pas sorti depuis longtemps, alors je partage, je distille, je dilapide, attention, a ceux qui le méritent quand même, comme la petite fille de monsieur Minh, j’aurais pu l’acheter 100 fois mais jamais au grand jamais le garder pour moi.

  5. C’est marrant parce que pour moi c exactement pareil. Je déteste emprunter à une bibliothèque parce que il faut le rendre après. Je déteste racheter un bouquin pour remplacer celui que j’ai lu parce que c’est pas celui que j’ai feuilleté. J’adore avoir tous mes livres sous mes yeux. J’adore qu’ils soient vieux et je fais les brocante pour en trouver qui ont vécu. Et mon rêve serait d’avoir une pièce chez moi consacré uniquement aux bouquins avec des étagères qui montent jusqu’au plafond et de savoir qu’ils sont tous a moi et que j’ai une histoire personnelle avec chacun d’eux… :)

  6. evil-brequin

    Pénélope, je suis tellement accro à tout ce qu’elle raconte qu’elle pourrait nous réciter l’annuaire que je trouverais ça bien. Si j’avais 30 ans de moins je la harcelerais.

  7. Valérie–> ouais j’ai fait l’expérience aussi, pleïade+ eau= apocalypse.
    Eau sur note au stylo encre= mauvaise pioche également , j’ai perdu un super plan de dissert comme ça v_v »…

  8. Pénélope (Auteur)

    Ah mais j’adore annoter les livres aussi et les maltraiter un peu. Mes amies éditrices me haïssent pour ça :)

    Mais je ne le fais pas pour les livres illustrés. Que sur les romans et autres.

    Alyn : si tu savais… Quand j’étais gamine, j’avais une pièce immense entièrement remplie de bouquins, jusqu’au plafond comme tu dis. Et ils étaient en bordel. Mal rangés. Vieux. Et j’adorais ça. Un peu comme la caverne d’Ali Baba. Tu ne sais pas sur quoi tu vas tomber aujourd’hui !

    J’aimerais avoir ça un jour dans mon chez-moi.

    evil-brequin : mais tu as quel âge mon ami ? Je ne suis pas si jeune tu sais ! En tout cas, merci, c’est charmant. Mais seul le grand Desproges sait lire l’annuaire :)

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