Dr Sycander : Panique au village

(Quand il arrive dans la pièce, il jette son caban au sol. Il se pose sur mon canapé sans même m’accorder un regard, et fixe la bouteille qu’on m’a conseillé de toujours avoir à portée lors d’une interview avec le doc. « C’est ainsi« , m’avait prévenu M. Vinet, l’agent du pôle emploi. Cette bouteille me fait paniquer: c’est la seule que j’ai chez moi et encore, je l’ai ouverte la veille pour un ami. Je n’ai pas d’autres bouteilles. Ni de bière, ni de rien… Il considère la bouteille, se frotte une barbe de quatre jours, et parle…)

Docteur Sycander: « Mise en bouteille au domaine ». Fichtre. Quelle exception. « prix des vinalies 2008 »! Waou. Une participation ou une victoire? Tu sais toi?

Interviewiste intérimaire: Bonjour, docteur. Eh bien, d’après l’aspect cuivré, je dirai…

Dr S: Tu ne dis rien du tout. Tu te tais, et tu vas me chercher une vraie bouteille. Pas ce truc presque vide.

I: C’est que…

Dr S: Aïe. Un abstème. On va s’entendre, tous les deux. Bon. Passons… C’est dommage, j’aurai aimé faire cette interview dans l’exaltation totale d’une pleine ivresse. Au fait, on m’a signalé que tu faisais des fautes, lors de la saisie. Fais gaffe. Une tasse de café bouillant sur le coin de la tête peut arriver vite.

I: Excusez moi, vous savez, j’ai eu tellement de mal à trouver ce job, que le stress tou…

(Le docteur bondit hors du canapé, et je fais tomber mes feuilles, il s’avance vite vers moi et me pointe d’un doigt menaçant…)

Dr S: Ne prononce JAMAIS ce mot devant moi! Jamais. Clair? Clair?

I: D’accord! D’accord!

Dr S: Et alors? J’bois à la bouteille?

I: Pardon! pardon docteur!

Dr S: Et ramène un deuxième verre si tu veux pas que je crache par terre s’il est dégueu comme l’autre fois.

I: Voila.

Dr S: On va peut être y aller? (il se sert un verre, le sent, le boit… et tousse.) Punaise! Mais c’est de l’alcool ton truc! Pas du vin! Merdre! Pauvre blaire! pauvre blaire! merdre! (il crache par terre et s’essuie la moustache. Il me regarde, fais jouer ses mâchoires dans un geste que je comprend être de l’exaspération, et soupire violemment.) Bon, on va dire que tu vas retourner sur le marché du travail. D’accord? Mais bon, allons-y pour Panique…. C’est juste à temps que mon compère et moi arrivons dans la salle, minuscule. Nous la partageons avec si peu de gens…

I: C’est étrange, j’ai cru entendre que ce film avait été à Cannes, cette année? Il a été présenté hors compétition, non?

Dr S: Bien sûr. Il y avait trois animations, là bas. Là haut, une merdre en trois dimensions pour trithérapistes tristes ou trisomiques déconfits et autres lecteurs de France soir, qui n’apportait de fraîcheur que la crise de rire qu’on se tapait en voyant son voisin de droite avec des lunettes rouges. C’est ça qui faisait l’ouverture, même. Et Les lascars, lui aussi hors compét, peut être en raison de ses couleurs variolées bariolées  à gerber. Le point commun entre les lascars et Panique…? à la base des petites séries, de une minute pour l’un et cinq minutes pour le dernier. Mais ça s’arrête là. L’un s’adresse à un public d’adolescents attardés, l’autre à des cyniques furieux.

I: Alors Panique au village était un film à votre mesure?

Dr S: Pour peu que je ne sois pas en colère, complètement. On nage dans un non-sens du début à la fin. Un humour discret et ravageur. On ne veut pas sortir des blagues pour faire rire, comme dans la plupart des navets de comédies. Les blagues sont naturelles, silencieuses, elles se cachent dans l’opacité absurde de chaque scène. Par exemple, j’étais mort de rire lorsque les atlantes faisaient des gaufres chez Steven. Parce que la scène était. C’est tout. Ah! à propos, on retrouve avec joie un Poelvoorde du temps de monsieur Manhattan (c’est lui qui prête sa voix à Steven NDI)… Et pas le sombre déchet français qu’il est devenu. Bref, on retrouve le Benoît belge! Et c’est bon. Pas étonnant, Auber et Patar, les réalisateurs, participaient activement à son ancienne émission.

I: C’est une oeuvre formidable alors?

Dr S: Non. (il se ressert un verre)

I: Ah?

Dr S: Ben, que veux tu. T’aurais pas un clope?

I: Euh… Je fume pas.

Dr S: Et tu n’aimes que les légumes verts et la viande blanche, je présume? Avec un goût immodéré pour le saucisson, que ton médecin te déconseille?

I: Non pourquoi?

Dr S: T’es pas fun. Tu poses de bonnes questions, mais, toi, en ta qualité intrinsèque, tu es chiant. Tu vois ce que je veux dire?

I: Ben… J’ai des amis…

Dr S: Ouais. Ben, j’essaierai d’éviter vos soirées. Bref. Non. Non, ce n’est pas une oeuvre magistrale. Car adapter en film de 1h16 des court métrages de 5 mn, c’est chaud. D’autant qu’il n’y a que 20 épisodes, avant. Donc… Alors que l’action, elle, explose, on a des répits, dont on se serait curieusement passer. Des répits qui cassent l’action dans laquelle on est plongé. Ces répits, ce sont généralement des plans larges fixes. C’est dommage. On a l’impression d’un essoufflement alors qu’il n’y en a pas.

I: Vous voulez dire que tout du long, le spectateur est tenu en haleine?

Dr S: Pas tout du long -il est vraiment infâme, ton vin- mais jusqu’au dernier quart, on est dedans. On ne peut pas rire plus d’une heure de suite, je pense. C’est peut être trop long, finalement. Disons, que, plutôt que d’avoir fait 15 épisodes en série qui aurait été une merveille pour les aficionados, ils ont jeté un pavé dans la mare, qui, espérons le, va leur ramener des fans, et faire perdurer ce petit miracle de nos jours.

I: Un mot sur les personnages?

Dr S: Ah! Ah! Mon compère Barz et moi avons décoché une beuverie des familles avec les personnages principaux. C’est Cheval qui gère tout ça. Il essaye de réunir au moins Cowboy, Indien et Steven. Normalement, le résumé de cette conversation -picole- qui devrait vous permettre de mieux connaître les personnages, devrait être en ligne la semaine prochaine. Mais comme je vous disais, tout dépend de Cheval. En tout cas, ce sera la première de Radio CMM.

I: C’est une magnifique information que vous me donnez là!!

Dr S: Ça l’est. Bon, tu auras une autre chance, avec Clones.

(Le docteur m’a expressément fait savoir que je ne devais pas exprimer ma gratitude dans cette interview. il finit son verre d’un trait, se leva, et s’en alla sans rien dire de plus. En partant, il me demanda si je voulais « casser se porte ». Je n’ai pas toujours compris)

Panique Au village

Verdict:

Dans le cul.
Dans le cul.


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