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Interview du 14 Février 2009 : Maïa Mazaurette, de « Sexactu » (entre autres).



Pingoo :
- Bonjour Maïa ! Aujourd’hui c’est la Saint Valentin. Est-ce que tu m’aimes ?
Maïa :
Bien sûr. Sans forcément gonfler tout le monde avec les détails, on peut affirmer que toi et moi dans une baignoire à trois heures du matin, c’est de l’amour. De l’extérieur, avec les chaînes, le latex et les animaux en peluche, on pourrait croire que c’est du sexe extrême. Ce serait sous-estimer le caractère profondément sentimental de notre relation.
Pingoo :
- Alors comment ça se passe Sexactu ? Tu y prends toujours du plaisir ?
Maïa :
C’est comme de rentrer à la maison, en fait : on est toujours content de pouvoir poser les pieds sur la table, et en même temps c’est la routine. J’adore mes lecteurs, je peux raconter n’importe quoi, il y a une atmosphère de bienveillance qui rend tout possible… je ne vais pas me plaindre. Non, ce qui me tracasse en ce moment, c’est de ne pas avoir le temps et le matos pour varier les contenus. J’avais fait un son pour mon anniversaire, il y a huit mois, et j’adorerais recommencer. Mettre plus d’images, aussi, des dessins… mais mon scanner et mes logiciels sont dans mon ancien appartement. Rha. Paradoxalement, en ce moment, Sexactu est frustrant.
Pingoo :
- Parler de cul relativement facilement, est-ce que ça facilite les amours ?
Maïa :
Tout dépend d’un ciblage consciencieux, tac, tu immobilises la proie en lui brisant les genoux, tu armes la gâchette, tu cibles, tu attaques violemment, tu vois ? Si je voulais épouser un scout, ce serait embêtant, mais les hommes qui m’intéressent compatissent à mon obsession pour le sexe scientifique. Je crois que ça les fait marrer.
Pingoo :
- Les gens ne te connaissant pas, ou te connaissant « avant », ont de toi l’image d’une nana qui se tape un mec par soir. Tu es Clara de Péchés Mignons ou pas du tout ?
Maïa :
C’est sûr que quand Arthur de Pins m’a proposé de reprendre le scénario de la série Péchés Mignons en me briefant sur « une nana maladroite, gaffeuse et serial-fuckeuse », je n’ai pas eu besoin de chercher bien loin les idées. D’ailleurs, quelques anecdotes de la BD me sont vraiment arrivées. Quelqu’un qui lirait la Coureuse en parallèle de Péchés Mignons pourrait trouver des correspondances. Cela dit, c’est du passé. Je suis monogame. J’adore être amoureuse. Tu as bien fait de m’interviewer pour la Saint-Valentin : en plus du sexe hardcore, je suis une grosse romantique qui tâche, j’adore les fleurs, le champagne et les plans sur la comète.
Pingoo :
- Et finalement les gens t’abordent facilement ou tu impressionnes ?
Maïa :
Les seules personnes qui sont impressionnées sont les mecs qui pensent pouvoir me mettre dans leur lit. Sinon, le lecteur moyen, quand il me rencontre avec mes joues rondes, il me fait tap-tap sur la tête. Comme je suis toute petite, c’est facile.
Pingoo :
- Pas si petite que ça… Tu dessines pour toi, tu scénaristes pour De Pins. Jusqu’à quel point tu vas te noyer dans la BD ? Tu lis quoi d’ailleurs comme BD ?
Maïa :
C’est sûr qu’en quelques mois, la BD m’a totalement vampirisée. Je continue Péchés Mignons et je bosse sur plusieurs autres projets, comme scénariste uniquement. Ce qui est amusant, c’est que je voulais être dessinatrice de BD quand j’étais adolescente. Mais quand tu vois comment bossent les pros, déjà c’est un travail hallucinant en comparaison du scénario, et surtout, ils sont très très très forts. Voir Arthur de Pins travailler, c’est l’assurance de perdre ses yeux. Souvent je pleure, quand on dédicace. Donc quand je dessine, c’est juste pour le fun, sans style ni prétention. De toute façon j’en suis encore à m’émerveiller sur la richesse du jeu de ping-pong entre le scénariste et le dessinateur. Enfin, comme je débute, tout est magique… Si ça se trouve, tu me reposes la question dans deux ans et je serai blasée de la mort.
Côté lectures en BD, bah, pas grand-chose. Je vis toujours à Berlin, je ne peux pas feuilleter à la Fnac comme avant. Mon dernier coup de coeur, c’était Gally. Ma dernière jubilation, Marvel Zombies. Mon dernier achat, Monster. Ah, et les notes de Boulet, aussi.
Pingoo :
- Ah oui c’est large. A ce sujet, tu as des dédicaces de prévues encore ? Tu aimes l’exercice ?
Maïa :
La dernière dédicace c’est aujourd’hui à la Fnac Saint-Lazare (à 12h30). C’est facile, quand tu es scénariste. Le trick secret, c’est que je mets un petit mot pour les lecteurs « normaux », et les gens qui viennent de Sexactu ont droit à un dessin. C’est injuste mais je soigne « mes » lecteurs. Enfin voilà, normalement il n’y aura plus rien avant le prochain Péchés Mignons, pour la BD en tout cas. Moi je serai le mois prochain au Salon du Livre parce que j’adoooore les mondanités.
Pingoo :
- Et bien je serai moi aussi à St Lazare alors :). Et à part ça, ton actu est toujours chargée… quelles sont tes dernières sorties ?
Maïa :
C’est vraiment un hasard de calendrier. En trois mois, j’ai sorti un guide sexuel, un anti-guide sexuel, une BD et un roman de fantasy. En mars, il y aura deux Petits Péchés Mignons (des cahiers pour les fans de la série), en avril un collectif de BD, en mai un collectif de fantasy… On pourrait croire que c’est beaucoup mais en ce moment je panique parce que je n’ai aucun projet de bouquin sur le feu. Ce ne sont pas les idées qui manquent, mais je n’ai pas écrit une ligne depuis que j’ai commencé la BD.
Pingoo :
- A ce sujet, j’ai été très surpris de découvrir « Dehors les chiens les infidèles« , je ne savais pas que tu écrivais de la SF, ça te trottait dans la tête depuis longtemps ?
Maïa :
Ha ha, mais les univers SF-fantasy, c’est ma base arrière personnelle. Je suis une vraie geek :) Mes deux premiers romans (non publiés), c’était déjà de la fantasy. Je crois qu’en lisant bien Sexactu, on peut trouver quelques indices : quand j’explique la théorie des cordes appliquée à mes seins, ou que je compare les lesbiennes à des drones, ça en dit long sur mes goûts littéraires. Ensuite, évidemment, quand les gens ne connaissent que mes chroniques dans GQ et qu’ils me voient au rayon SF, ils se disent que je vais réécrire le Seigneur des Anneaux par pur opportunisme. C’est compréhensible. Mais c’est mal me connaître.
Pingoo :
- Et tu vas continuer dans cet esprit là ?
Maïa :
Ouiiiiiiiiiii ! Dès que j’ai le temps. J’ai mis trois siècles à écrire Dehors les chiens, mon projet suivant est (malheureusement) plus ambitieux. On en reparle en 2024 ?
Pingoo :
- Revenons à l’essentiel… Est-ce que cette image très sexuée et sexuelle que tu as, ne te fatigue pas parfois ?
Maïa :
Absolument jamais. Je pense que ce sera problématique quand je ne pourrai plus l’assumer physiquement. Mais les talons-aiguille rouges, c’est indémodable. Bien sûr, j’imagine qu’il faudra réinventer, avec le temps, d’autres manières de gérer mon narcissisme. En attendant, cette image sexuelle me correspond – sans pression ni rien.
Pingoo :
- Tu es journaliste à la base, tu aurais aimé bosser chez qui pour rentabiliser ta carte de presse ?
Maïa :
J’ai laissé tomber la carte de presse il y a trois ans. Et puis, je n’ai jamais vraiment eu le fantasme de la carrière journalistique où tu vas fouiner les bas-fonds de l’humanité. Mon truc c’est d’être chroniqueuse, malheureusement les postes sont squattés par des vieux hommes tristes. GQ me donne une page tous les mois pour raconter ce que je veux. Dans mes rêves, même si c’est naïf, j’aurais aimé bosser pour Libé. Et quand j’ai envie d’être modérément sérieuse (genre deux fois l’an dernier), j’écris un pavé pour la Revue pour l’Intelligence du Monde, dont le titre vaut son pesant de cacahuètes.
Pingoo :
- Et si tu avais été une grosse nouille en « lettres », tu aurais fait quoi de ta vie ?
Maïa :
Probablement quelque chose dans le sexe. Pas hardeuse. Maîtresse dominatrice, prostituée, créatrice de sextoys… Sans le filtre littéraire, je ne suis pas sûre que j’aurais su garder mes distances avec ce milieu. Quand j’étais étudiante, on m’a proposé d’être entraîneuse dans un bar, strip-teaseuse ou encore performeuse (genre faire l’amour sur scène). Des débouchés formidables, donc.
Pingoo :
- Tu sais que je passe pour un fétichiste de première. S’il te plaît, dis moi que ça n’est pas grave, et surtout, que toi aussi tu es fétichiste (tu as même le droit de préciser).
Maïa :
Mais ton fétichisme à toi n’est pas pathologique, donc tout va bien. C’est plutôt de l’ordre de la sublimation de l’érotisme de l’amour de la charnellitude. Soit dit en passant, le meilleur moyen de mieux gérer son fétichisme, c’est de le transmettre. C’est bien ce que tu fais sur Pingoo.com, non ?
Pingoo :
- C’est ce qu’on dit… Tiens, quel regard tu portes sur le féminisme ? Tu te sens féministe ?
Maïa :
Yaaaay ! Féministe à fond ! Découvrir les textes classiques du féminisme, c’est comme se retrouver dans l’arsenal de Matrix : toutes les armes à disposition. Ce qui ne m’empêche pas d’être critique quand il faut. Pour moi la maison-mère, c’est Simone de Beauvoir sous influence pro-sexe : on fait ce qu’on veut de sa féminité. A ma connaissance, il n’y a pas de philosophie plus libre que celle du féminisme. Les anarchistes, à côté, c’est du pipi de chat. Et bien sûr, secrètement, je suis une lesbienne moche qui veut couper les couilles des mecs. Comme chacun sait.
Pingoo :
- Lesbienne moche ? Ciel, à propos, comment tu te trouves physiquement ? (Je t’aide, tu es belle à pleurer)
Maïa :
Je vieillis, c’est chiant. Je déteste ça. Sinon, euh, faut bien avoir conscience que je sais me prendre en photo sous les bons angles :) Enfin, narcissisme mis à part, j’ai une vision assez utilitaire de la beauté : est-ce que je peux avoir les mecs que je veux ? Pour l’instant, oui. On ne devrait pas se prendre la tête plus que ça.
Pingoo :
- Et tu es un bon coup ? (genre je suis pas au courant)
Maïa :
Je suis LE bon coup :) En fait j’y travaille. Je crois que je m’améliore. Mon pic de performance a lieu entre 16h et 17h30, ce qui est assez incompatible avec la vie de bureau. Donc, pas de vie de bureau. Ah oui, j’ai mes priorités…
Pingoo :
- Et un beau mec c’est quoi ? Tiens, dis-moi, tu connais des beaux blogueurs ?
Maïa :
Euh, Anecdotik, Lâm, toi. Chacun dans un style totalement différent. En fait, vous formez un joli triangle pour définir le beau mec. Mais pour rebondir sur le féminisme, « On ne naît pas beau mec, on le devient ». Je suis toujours admirative des hommes qui savent tirer leur épingle du jeu, juste avec leur personnalité et un string brillant. Genre, ça ne donne pas envie de jouer au poker contre eux.
Pingoo :
- Ah ça c’est gentil… Du coup je veux tout savoir de toi, si ce soir, pour la St Valentin, je dois te séduire avec un dîner, je te cuisine quoi ?
Maïa :
Si tu cuisines, c’est déjà gagné… La nourriture c’est le revers de mes orgasmes. Franchement, tu me fais un plateau de fromages avec de la vraie mozzarella italienne, du cantal entre-deux, du comté fruité, avec un bon vin, des tomates coeur-de-boeuf, du basilic et plein d’ail, je suis la femme la plus heureuse du monde. Prévois la brosse à dents avant d’attaquer les bisous, par contre.
Pingoo :
- Et entre deux gousses d’ail, tu lis quoi comme blogs ?
Maïa :
Dans l’ordre sur mon Sage : Lâm, Larcenette, Pénélope Jolicoeur, PostSecret, BienBienBien, Perez Hilton, Violet Blue, xkcd, Ecrans, kottke, coredumped, Pingoo, Girls and Geeks, Boulet, Gally.
Pingoo :
- Et puis tiens y’a pas que le Web dans la vie… Tu écoutes quoi comme musique ? Tu joues à quoi ? Tu lis quoi ?
Maïa :
Je n’écoute pas de musique à part une chanson, en boucle, qui varie rarement. Depuis deux mois c’est Two More Years de Bloc Party avec des pointes de Britney Spears, ça résume bien mon mix idéal. Je ne joue plus à rien parce que je vis entre trois appartements et deux valises, mais je rêve la nuit de la moustache de Mario dans Mario Kart Wii. Et je lis Chuck Palahniuk depuis trois semaines sans arriver à avancer. Sinon, moitié de fiction, moitié de livres sur la religion ou la géopolitique. Et non, je ne bouquine pas d’histoires porno.
Pingoo :
- Ça t’arrive quand même de t’ennuyer ?
Maïa :
Honnêtement, rarement. D’ailleurs, dans les cinq dernières années, je n’arrive pas à me souvenir d’un seul moment vraiment chiant. J’invente des scénarios dès que j’ai une seconde de libre, le soir je fais l’amour, le matin aussi, forcément ça occupe.
Pingoo :
- Allez une chanson pour illustrer cet interview de la St Valentin ?
Maïa :
Coca-Cola Apocalyptique : http://www.musiqueapproximative.net/#270
Tes lecteurs vont me détester.
Pingoo :
- Qui tu veux voir à poil ici ?
Maïa :
Mais tu as déjà tout le monde !!! Ah, tiens, finalement il te manque les BD-blogueurs. Ils devraient se dessiner à poil. Donc Pénélope Jolicoeur, Boulet et Gally.
Pingoo :
- Non mais sinon, les grands barbus ça te plaît un peu quand même non ?
Maïa :
Bah comme je viens de le dire : Boulet à poil. Grand, barbu. Hé, tu sais que tu as la plus longue ? La plus longue interview à laquelle j’aie jamais répondu. Je trouve ça miraculeux, pour une Saint-Valentin.


Merci à la belle Maïa pour sa participation à cette chouette et longue interview.