Mazaurette : Dehors les chiens, les infidèles

Quand Vincent a déposé entre mes mains un exemplaire de « Dehors les chiens, les infidèles », le dernier opus de Maïa Mazaurette, je ne suis pas bien sûre d’avoir réussi à dissimuler ma jalousie.

C’est vrai quoi, cette nana est talentueuse au possible, imaginative, travailleuse, jolie, maline… Trop de qualités pour une seule personne non ? Moi, en bonne nana de base, ça m’agace. Pis surtout là en particulier, car la bougresse s’attaque à un domaine qui me tient à cœur, à savoir la fantaisie.  Rien d’extraordinaire, disons que comme des tas d’individus, je cohabite avec l’envie durable d’écrire un roman de ce genre. Maïa, elle ne rumine pas, elle se lance. Le fait de la connaitre de manière indirecte n’arrange rien. Je pourrais être flattée d’avoir déjà croisé cette auteure mais en fait ça me renvoie surtout dans les dents ma procrastination. Je rêve pendant qu’elle crée, qu’elle digère, qu’elle concrétise…

Tout ça pour vous dire que je n’étais pas dans le meilleur état d’esprit quand j’ai ouvert les pages de son livre. J’étais même très disposée à chercher la petite bête, me réjouissant à l’avance de juger le roman tout nul. Ben vi, en plus d’être velléitaire, je fais une bien mauvaise chrétienne…
Hélas, ma mesquinerie n’a pas fait long feu. Par exemple, j’avais beaucoup compté sur une écriture moyenne ou pire pompeuse. Souvent, le défaut des « jeunes » auteurs est d’en faire trop. Ils te collent tous les mots qu’ils connaissent dans le premier chapitre, au risque de s’essouffler par la suite. Ca alourdit l’histoire et n’aide pas à l’immersion. Maïa ne joue pas dans cette catégorie. Ses mots sont simples, ses phrases précises, efficaces. Pas de fioritures. On devine même la volonté tangible de nous tenir par la main avec souplesse et légèreté. C’est extrêmement agréable car ça laisse la part belle à l’intrigue. Flûte, sur ce point, ça donne le résultat suivant : ma mesquinerie 0 – Maïa +1.

J’ai rapidement reporté mon espoir d’échec sur le scénario lui-même. En lectrice prolixe, je suis exigeante sur la tenue de route du roman. J’adore quand l’auteur sait où il va, quand le moindre détail se révèle être un caillou discret, composant une ingénieuse cathédrale. Oki, il existe de belles histoires que l’on suit au fil de l’eau, et c’est déjà bien. Mais je craque plus volontiers sur les récits bluffants, surprenants, où tout est réglé avec une précision d’horloger, subtile et indolore. Maïa emprunte ce chemin là avec une facilité déconcertante. Dois-je m’en réjouir alors ? Ben oui je crois. De nouveau, mesquinerie 0, Maïa +2. Pfffff….

Bien décidée à remonter d’un cran ma mauvaise foi, je me suis orientée vers la critique facile. J’ai cherché les ressemblances. Oui, je sais, c’est bas. En SF, comme en fantaisie, il y a toujours une bonne âme pour te signaler que ton histoire n’est rien d’autre qu’une pâle copie du troisième tome d’un obscur écrivain allemand du 18ème siècle. Le jeu est facile et j’ai trouvé sans souci un parallèle avec un autre livre. Mais, pas de chance, il s’agit de l’archi célèbre « La horde du Contrevent » de Alain Damasio, où un système similaire de quête cyclique est élaboré. Mais c’est l’unique trait d’union car le reste de l’univers de Maïa est complètement différent. Pire, ce rapprochement m’a rendue bien ridicule. Ayant croisée Maïa à la Diantre party 2, je lui ai fait part de la similitude, en réprimant difficielement un ricanement d’ado. Elle a ouvert tellement grands ses adorables yeux que même ma mesquinerie a eu honte de ses accusations enfantines. Elle n’a jamais lu ce livre. Pffff. Cilou 0 – Maïa 3.

Et l’histoire me direz-vous ? De quoi donc est-ce que ça cause ? Figurez-vous que la nuit est tombée depuis trois générations sur le monde. Le soleil, les nuages blancs et le ciel bleu sont devenus des légendes, un saint Grââl à reconquérir. Pour remplir cette mission, des quêteurs sont formés et lâchés régulièrement par l’Ordre, groupuscules solitaires et complémentaires, des exilés. Spérance, avec la fougue de ses 16 ans, conduit un de ces quêtes et entend bien mettre un terme à cette sombre situation.
Bien évidemment, ce ne sera pas aussi simple que ça. Maïa distille force et rythme dans son récit. Y a pas de petits rôles. Tout le monde a son importance. Je dois lui rajouter un point pour cela aussi.

Bref… que voulez-vous que je vous dise. Elle a gagné. « Dehors les chiens, les infidèles » est le premier tome d’une saga dont j’attends avec impatience la suite. J’espère simplement que Maïa n’aura pas l’autre défaut des auteurs de Fantaisie, à savoir pondre un livre toutes les morts d’évêques. Parce que sinon, elle serait bien nulle cette fille !

Mesquinerie de Cilou : + 1 – Maïa + 4

héhé…

10 commentaires
  1. En grand amateur de SF que je suis, et en fervent admirateur de la Horde du Contrevent, je vais donc me voir dans l’obligation d’acheter ce livre.

    Portefeuille : 0 – Thibaut : 1

  2. Ciloubidouille (Auteur)

    Je précise qu’on n’est pas dans le même style hein ;). La horde, c’est hardos à lire je trouve, avec toute la lexicologie inventée. Maïa, à côté, c’est plus relax :).

  3. Dis Cilou, tu pourras me le prêter le bouquin ? Non parce que j’adore la fantasy et ça m’a donné l’eau à la bouche tout ça.
    Bon non en fait j’irai peut etre l’acheter parce que si ya une chose que je déteste c’est rendre un bouquin à quelqu’un quand je l’ai adoré…

  4. Rod

    Maïa, si elle n’avait pas été blonde, elle aurait été parfaite :)

  5. Je ne suis plus blonde o/

    (Et il faut que je lise ce bouquin dont je me suis peut-être inspirée.)

    (Et merci beaucoup.)

  6. Il me FAUT ce bouquin. D’une, en tant que lectrice muette de Sexactu.. de deux, en tant que fervente lectrice de fantasy.
    Economies 0 : Aratta 1

  7. Flashou

    Cilou > O comme je comprend ta frustration d’auteur, on à plein d’idée en tête, on se lance parfois dans l’écriture de quelques pages… et puis finalement on bazarde tout parce qu’on a la flemme face a l’ampleur du taff.

    Du coup Bravo à Maia ne serait ce que pour avoir été jusqu’au bout (je ne me permettrai pas d’encensé – ou de pire de déscendre – le bouquin ne l’ayant pas lu !)

  8. Black

    En tant que chevalier de la mesquinerie et partisan de la mauvaise foi, je ne lirai pas ce livre dans lequel semble évoluer un personnage s’appelant Spérence. Tout simplement hors de question.

  9. Sinon tu écris quand toi?

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