La chèvre de Seguin II

Ce 11 août, un vieux bonhomme de 85 ans s’est fait renversé par son bouc, et en est mort, dans le pré, en face de sa petite maison, près d’Anvers.

Derrière ce pathéticocomique fait divers se cache, pour qui est réceptif à l’humour de santon, un événement majeur pour la littérature provençale. Le final, le point d’orgue, le Requiem de Daudet, de sa chèvre et de son monsieur Seguin.
S’il a attendu 139 ans pour livrer la chute de son histoire dans cette histoire de chute, humour anisé vous disais-je, c’est pour une raison bien précise. Il a laissé coulé le temps pour être sûr que les enfants de l’époque aient grandi et atteint l’âge adulte, tant la suite de sa contine n’est pas recommandée aux moins de 18 ans. Il a laissé coulé l’absynthe aussi, d’où le dépassement, mais ne nous attardons pas sur les détails.
Le vieux bonhomme, c’est Monsieur Seguin. Seguin était en fait un légionnaire qui ne vivait que pour ses missions. Il est devenu tellement fada qu’à l’heure de la retraite, il a remplacé le temps qu’il passait sur ses missions par le temps qu’il passa sur ses chèvres. Fallait bien se raccrocher à quelque chose. Et toute chamboulée fut sa position: légionnaire+mission+chèvre devint position du missionnaire sur des chèvres par légions.
Ce qui n’a pas plu au bouc.
Le bouc, c’est celui dont Seguin n’a pas parlé. C’était son rival. C’est pour lui que Blanquette se faisait la belle pour faire la cochonne. C’est avec lui qu’elle a vu la première fois le loup. Et c’est à cause de lui qu’elle se fit la malle le soir où elle fut dévorée dans la montagne, pendant qu’il sifflait là-haut sur une autre colline en se touchant avec un petit bouquet d’églantines. La suite, vous la connaissez. Le bouc apprit les moeurs de Seguin, et attendit son heure pour venger son béguin. Il devrait être canonisé pour ça.
La morale de la première partie de la contine, à savoir le prix de la liberté, prend à présent une toute autre dimension. Une dimension toute pingooesque.
Si vos moeurs sexuelles ne vous placent pas en odeur de sainteté chez les bien-copulant, sachez qu’un bouc peut vous surpasser. En odeur, et en sainteté.
6 commentaires
  1. Mais ouvre ton blog toi !
    Ou écris un livre tiens.
    bref.

    /aime pas faire des compliments.

  2. johnsmith

    Alambiqué. (trop)

  3. jipe

    Normal, y a besoin d’alambic pour l’absynthe :-D
    Très joli texte !

  4. McTri

    Pas mal du tout.
    Mais corrige ce vieux « renversé » en gras en ligne 1 :o

  5. Slamolo

    Excellent !
    Je sens que je vais faire lire cet article à tout le monde ! (je surestime le nombre de mes connaissances)

  6. Seb92

    Romu, moi j’aime bien faire des compliments et vu que j’en ai rarement l’occasion j’en profite : Bravo tu me régales avec tes textes. (Ca change des conneries sur les Panzers…)

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