On va écouter les oiseaux

gingergirafe.jpgAvez-vous déjà crié sous l’eau? Avez-vous déjà failli vous noyer? Eh bien, hier soir, j’ai revécu pendant quelques secondes très désagréables un vieux souvenir que je pensais définitivement chassé : ma mort en direct. Une mer hypnotique, des poissons irisés, quelques algues sensuelles, mes pieds très pâles dans les rayons de soleil qui tapissent le fond marin ; 2 mètres. Seulement deux. Le sel ne pique plus, j’avale, me noie. Ma fille est là, sur mes épaules. Je crie sous l’eau. Elle ne sait pas encore nager. Elle va mourir. Puis, plus rien.


Mardi soir, j’ai visionné un film où les dernières images somptueuses montre un ours polaire, qui nage en solitaire, peut-être, la dernière brasse de sa vie. C’est drôle ce que les ours nagent bien. Le souci par contre tient dans ce que la superficie de la piscine ne cesse d’augmenter. Il n’y a plus de banquise où accoster, se reposer, se taper un phoque ou une oursonne; il n’y a que le vide laissé par la fonte des glaces, le vide que l’humanité laisse dans son sillage, le vide où l’on va tous se noyer.
Trois types m’ont tiré de l’eau, ils ont choppé ma gamine et l’ont fait rire pendant que je pleurais mes poumons comme un nouveau-né.
Je renaissais grâce à trois Turcs en vacances du bout du monde. Les vacances pas chères à coup de charters, d’hôtels de luxe qui cachent la misère d’enfants en haillons qui mangent dans mes poubelles, des mères de famille qui proposent sur la plage un bracelet porte-bonheur au petit, de natter les cheveux de Madame pendant qu’elle glisse au mari un regard aguicheur pour qu’il la suive derrière les « bungalows vidanges »…. Monsieur est tenté, c’est dommage, il n’a pas ses capotes sur lui.
Je renais dans ce paradis transformé en enfer.
« Maman, tu crois qu’il va se noyer l’ours ». La lumière s’est rallumée. Je fixe ma dernière : 5 ans, sa première dent est tombée hier. Je fixe ma dernière en calculant : d’ici à 2030, donc quand elle aura 28 ans, il n’y aura peut-être plus d’ours polaire. C’est demain. Je lui réponds : « J’espère que d’ici demain, il y aura eu beaucoup de Turcs, euh non, de trucs de trouvés pour que les ours se reposent ». Et pas en paix.

Conseiller « Un jour sur terre« . Je ne sais, je suis partagée.
C’est un très beau reportage, un beau travail d’échanges, de patience, pour regarder mère Nature, sublime et distante. C’est un très beau signal d’alarme. Très sophistiqué et très onéreux. Whoua le requin à mille images secondes! Putain, trop bien le coup de l’éléphant martyr (ou suicidaire/ ou con) dévoré par la meute de lions à la caméra infrarouge….. Bravo les techniciens de l’image, les sportifs de la focale, vous êtes imbattables en altitude ou dans les profondeurs. Je suis bluffée.
Mais une fois qu’on a tiré le signal, qu’est ce qu’on fait? Une fois qu’on a fait le constat à l’amiable sur le capot de la planète bleue, qui se charge des réparations?
Vos réponses sont sur votre site Internet? Trois fois mentionné? Cela ressemble tout à coup à une pub de 90 minutes pour je ne sais quoi.Qu’est ce que vous proposez hormis d’avoir le net et l’adsl pour aller consulter votre earth, mode d’emploi?

Et puis, une autre forme d’interrogation car je ne suis pas spécialiste :
250 JOURS de prises de vues aériennes + 40 équipes spécialisées dans 200 sites pour 21 pays pendant 5 ans = 47 millions de dollars. Pas mal!
Mais on ne nous dit pas combien de tonnes de kérosène ont été consommées pour survoler tous ces grands espaces, combien de tonnes de C02 ont été balancées dans l’atmosphère pour dépêcher, ici et là tout ce beau monde?

Et puis, qu’est-ce qu’on peut faire d’autre avec 47 millions de dollars? Est-ce qu’on peut vacciner tout le continent africain? Est-ce qu’on peut venir en aide aux populations qui se noient dans la misère? Je ne sais.
Par contre, je sais qu’il est bien plus facile d’être à ma place, le cul dans mon fauteuil, face à mon petit écran plat à écrire ces quelques lignes pour vous chatouiller que d’être au Darfour ou moine à Rangoun.

Et maintenant qu’est-ce qu’on fait? On va au cinoche ou l’on va écouter les oiseaux?

Commentaire de Ginger, 5 ans :

Dans le film, tous les animaux apprennent à nager : la girafe, les éléphants et même l’ours. C’est bizarre, alors j’ai dessiné la girafe.

Commentaire de Zelda, 10 ans :

Les éléphants qui nageaient le papillon à la queue leu-leu étaient « cocasses »,c’est l’cas de le dire !!!!!
Mais l’image de la fin avec l’ours qui n’a plus de banquise pour se hisser et recommencer la belle vie m’a vraiment choquée : on devine dejà ce qui va lui arriver :'( …

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2 commentaires
  1. RoboTux

    Très bel article. Une idée en l’air pour ceux qui habitent en région parisienne et travaillent près d’un lieu de transport en commun : ne pas acheter de voiture. Oui c’est sûr une voiture c’est bien commode.

    Moi par exemple j’ai décidé d’arrêter la voiture y’a de ça quelques mois déjà. Alors c’est sûr quand je veux sortir en boite ben c’est plus chiant car je suis obligé de rester jusqu’au bout ou rentrer en noctilien mais c’est long (j’habite en banlieue). Mais on est content de soi parce qu’on se dit : c’est de la pollution en moins.

  2. secco à sec

    Merci Robotux pour cette initiative généreuse et intelligente.
    De plus tu es sûr(e) de rentrer entier(e) de boîte de nuit et pas en morceau, bon(ne) à mettre en boîte pour une nuit sans fin….!!
    Je crois qu’en en parlant autour de toi, nous, surtout aux gosses, neveux, tous les mômes qui nous entourent, l’on peut faire énormément avancer les choses.
    Nous avons à notre échelle peu de moyens mais une force énorme si elle est suivi pas des millions de personnes!!
    Cette évolution doit être amorcée par l’éducation, sans culpabiliser qui que ce soit.
    Vivre en France est un luxe comparé à l’échelle planétaire. C’est bien d’inculquer cette valeur, cette notion du possible éphémère dès le plus jeune âge.
    Alors : au boulot!!!

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