Le parfum d’Paris

Orsay 3Non, je ne vous parlerais pas ici d’un quelconque nouveau trésor de l’art des parfumeurs, mais bien de l’odeur naturelle de cette capitale enjôleuse, sans or et sans fard, mais totalement nue. Je vous invite dans un tour olfactif des mes journées bien réglées. Première étape aujourd’hui, le métro.

9h. Direction le boyau sombre qui me transporte, moi et d’autres travailleuses sardines, vers mon exploitation quotidienne. La rue sent le matin frais, pluvieux de ce mois de juillet qui se prend pour novembre. La fontaine rafraichit encore davantage le fond de l’air, qui pique le nez. Premier feu vert pour les voitures, les moteurs ronronne, quelques pneus crissent et les pots d’échappement se soulagent sans vergogne. Je tousse dans cet environnement familier et âcre, poisseux aussi.

Je serre la main qui m’accompagne et nous traversons la rue comme des gamins inconscients, derrière un bus qui n’a de vert que la couleur de carrosserie. On enjambe des travailleurs du matin, détruisant allègrement le trottoir. Le mur de poussière épais se colle avec délectation à nos vêtements et à notre peau.

Dévaler les marches du métro, rentrer dans ce boyau sombre et trop éclairé à la fois qui agresse mes yeux et surtout mon nez. Fade odeur d’une foule sans yeux sans oreille et sans nom. Les relents de pisse courent au milieu des claquements de talons. Le serpent monstrueux se presse contre les quais et soudain, quand les portes s’ouvrent, la bouffée de chaleur corporelle de centaines de parisiens devient irrespirable. Monter est un supplice – Autant pour ceux qui rentrent que pour ceux qui y sont déjà pressés. Mélange suffoquant des parfums mis à la hâte, associés à la transpiration, qui monte à la tête ; Les fumets se mêlent et s’entremêlent jusqu’à ne former qu’une masse informe et douceâtre.

Coincée entre une vieille dame respectable qui s’accroche désespérément à un siège et une jeune parisienne en chaussons coiffée comme un emo-kid et grimée comme un clown triste, je repère une odeur qui commence à envahir subrepticement le wagon. Un homme en t-shirt pue la sueur et la saleté, agressant avec aigreur les victimes alentours. Les nez se pincent, les yeux piquent, les visages verdissent. Des mouches l’accompagnent dans son périple souterrain.

Allégresse de sortir d’une bouche de métro, désespoir de repartir dans un tram bondé. Soudain, les portes s’ouvrent, la foule s’écarte, et les poumons dilatés cherchent avec bonheur la sortie, l’air, la fraicheur extérieure.

Un camion passe. Fin du rêve, il est temps d’affronter les voitures, les passages cloutés glissant d’huile de moteur et de pluie, pour traverser en hâte un nuage de pollution volontaire : les fumeurs impénitents massés devant les portes de leurs bureaux.

Orsay 4Et d’après Henri IV, grand spécialiste en la matière (et auteur de cette célèbre fin de lettre : « J’arrive dans 15 jours en la capitale, ne vous lavez pas ma mie !« ), Paris et les parisiens, ces agitateurs impénitents, puent, râlent, hoquètent, ne sont jamais contents et pourtant se haussent du col comme de coquelets verts qu’ils n’ont jamais vu en vrai dans une basse-cour.

Question, peut-on vaincre des siècles d’apologie de la crasse ?

17 commentaires
  1. D’où l’intérêt de maîtriser à merveille l’art de l’apnée. Très utile.
    J’ai découvert avec joie les plaisirs olfactifs du « aller bosser en vélo » ces jours-ci, et j’ai trouvé le super-combo: rouler derrière une benne à ordure. Et elle elle aura beau se laver, elle sentira jamais bon.

  2. de pas de pub à deux pubs…

  3. Merci pour ta contribution complètement dans le sujet Humandrop :)

  4. acouphenix

    J’approuve ton point de vue étant parisien durant 3 ans et exilé à Lyon.
    Le métro de Lyon est propre et point de relents bizarres.

    A Paris, il fallait maîtriser la micro-apnée et la respiration lente.

    Le métro 4 est un hamman particulier.

  5. drouvre

    Les parisiens sont ce qu’ils sont, mais ils ne quitterons jamais leur belle grande ville.

    J’habite en province. J’ai pas chaud, ça pue pas et je loge dans une maison 5 pièces pour 650€/ mois. Quand je leur dit ça ils sont jaloux et pourtant… Aucun ne voudrait venir en Touraine, allez savoir pourquoi ?

  6. L’odeur ne me gêne pas plus que ça, j’ai même fini par m’y habituer. Je n’ai pas l’impression de voir les gens chercher l’air frais en sortant du métro non plus. A vrai dire, je crois qu’on s’y est tous habitués.
    Quand à vivre à Paris plutôt qu’ailleurs? Question d’éducation ou de culture je suppose, je ne me vois pas vivre loin de la capitale.

    Mais c’est faux ce qu’on dit, on aime bien les provinciaux!

  7. Cama

    Tout dépend des lignes (de métro ou rer). Perso apres avoir attendu sur le quai dans une odeur indescriptible mélange de pisse, de rats morts, detritus sur la voie, quand je monte dans le rer bondé, mon seul objectif est de réspirer le maximum d’air pur, question de survie.
    Apres si on est vraiment attaché à Paris on supporte, sinon on fait comme je le ferai —-> on se casse !

  8. lutinmalin

    moi qui suis parisien mais vivant en province depuis presque 30 ans,j’ai encore cette bonne odeur du métro d’antan,odeur unique à paris qui fait la différence des autres villes.

  9. itou, me suis cassé, c’était trop insupportable les nuits bouillantes d’été…
    non seulement c’est irrespirable, mais en plus on est empoisonné.
    Les locaux qui me demandent si je ne regrette pas Paris ne comprennent pas pourquoi je me marre…
    C’est la plus belle ville du monde quand même, qu’ils me disent.
    – Alors d’abord mon bon mOsieur, c’est une belle ville c’est vrai, mais çà pue, c’est sâle, c’est fourmi-land/flic-land/arnaque-land. Ensuite il y a de nombreuses autres villes au monde qui sont magnifiques et qui valent le détour sans cette crasse puante omniprésente toute Parisienne.
    Celà dit, Paris c’est bien à visiter, mais pour y habiter intra muros, il faut une certaine philosophie toute parisienne.

  10. RoboTux

    A côté de ça il peut y avoir des odeurs sympas dans le métro. Je pense à l’odeur qui sort des dessous du métro à la station cité par exemple, une odeur chaude avec un côté un peu sucré, j’adore cette odeur. Ou l’odeur de technique sur les métros à roues (par opposition à ceux sur pneux)

  11. l’odeur…de technique…sur le metro à roue…
    ah bon !
    (tu voulais dire à -pneus- je suppose)
    chacun trouve midi à sa porte…

  12. la faute aux parisiens si le métro est crade ? Je croie qu’ils seraient les premiers a se réjouir d’un ptit coup de propre. Ceci dit il ya des travaux de ravalement en ce moment même. Vu le réseau ça prendra pas 2 ans …

    En surface, Paris sale ? ha bon ?

  13. Pour Thibaut, on les aime tellement qu’on les appelle « proviniciaux »

  14. si si zlurg je t’assure, je compare juste avec les villes slaves et je signe.
    Paris je trouve çà crade en surface, c’est miné de crotte de clebs, de chiures de pigeons, de taggs, de papiers gras en tous genres, parfois de poubelles qui débordent quand elles ne sont pas fleuries autour car bouchées…
    Je ne dis pas que çà n’est pas entretenu, je dis juste que c’est crade.
    Mais je ne parle que des quartiers ou j’ai vécu. XVème Lourmel/Javel/Balard.
    le XIIIème dans sa globalité et l’axe bastille-république-bourse…
    Ensuite on ne voit pas tous la même chose…

  15. les crottes de chien j’imagine que je m’y suis habituer :(

    les tags, oui c »st vrai, ils y en a partout ! je suis passé devant les bouqinistes sur les quais hier soir, tous tagués ..
    Ceci dit j’ai tendance à attrribuer ça à une poignée de conards plutôt qu’a la population parisienne dans son ensemble qui doit pas adorer voir son habitat sacagé. Pour les déchets, je veux bien croire que la ville est plus sale qu’a l’Est. Ca dépend sans doute des quartiers en effet

  16. bon, en fait les slaves ont un secret zlurg…
    les fameuses petites condamnations de délis mineurs dites « travaux d’intérêt généraux » qui ne sont jamais appliqués ou presque en France, sont appliqués en Tchéquie/Pologne et 3 Baltes par des journées d’entretien ou les « condamnés » en groupes sont équipés de gilets orange et gants pour décrasser les villes…
    Donc forcément avec plus de personnel…

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