Comme je n’ai pas lu le bouquin… ca va être compliqué. je vais donc plutôt commenter ce que tu écris.
je comprends bien ta colère mais je comprends aussi son propos. Avoir honte d’être boulimique-vomisseuse ne changera pas la maladie et on le restera. Soutenir aux anorexiques qu’elles sont si moches (et donc qu’il faut qu’elles grossissent) sinon personne ne tombera amoureux d’elle est un mensonge, certes pieux.
Sans valoriser la maldie, il ne faut pas non plus, je crois, en avoir honte.
Alors je ne sais pas si ses propos seraient qualifiés de pro-anorexique. Tu connais mon amour du vomi, je vais éviter de lire ce truc ;o).
“La dernière page clôt tout éventuel débat ou porte de sortie en montrant la mère de Camille gronder la petite sœur parce qu’elle mange trop de riz et Camille heureuse d’être légère comme une plume et de jeter les restes de son assiette”
c’est peut être aussi ce qui est à noter. Plus que la boulimie vomisseuse, le bouquin ne traite t il pas des rapports mère-fille et d’une mère dévorante au point de ne pouvoir être aiéme d’elle que si on est maigre et vomisseuse ?
ps pour le roman… entre Beigbeder, l’autre écervelé à cheveux blonds ébouriffés, on est habitué aux pseudos romans non ?
arf bah moi je comprend sa colere…c’est une maladie, et on ne peux pas rendre gloire à une maladie sans risquer de la banaliser ou la rendre mode, “quoi tu vomis pas…t’es pas in t’es out…”, combien de gamines vont se dire…..”voila c’est la solution, la preuve y’a un livre explicatif…..un super documentaire….”
bref c’est deroutant…..on doit juste ressentir le malaise de l’auteur/exhibiteur.
Unkle, que dire ? Oui, je suis tout à fait d’accord avec toi.
La honte, le dégoût de soi, cela n’aide en rien à la guérison d’une anorexique. Ce qui me met mal à l’aise dans ce livre, c’est cette revendication, cette façon de magnifier l’anorexie, de dire sans cesse (c’est récurrent dans le texte) qu’elle est une princesse parce qu’elle est maigre et que c’est grâce à l’anorexie.
Dans ce témoignage, elle refuse de se soigner, va chez un psy conseillé par sa mère justement, spécialiste de cette maladie, et finit par l’envoyer paître parce qu’elle est FIERE d’être anorexique.
Alors, je ne sais pas. Peut-être que s’il y avait une prise de conscience, une phrase qui dit “oui, je vais jusqu’au bout de mon délire, de ma maladie, parce que j’en ai besoin, parce que je ne peux pas faire autrement”, cela m’aurait rapprochée de cette femme. Mais non. Rien. Rien que cette fierté.
L’autre paradoxe, c’est qu’elle ne parle pas assez de sa mère, ne creuse pas sa relation que l’on sent fusionnelle et basée en effet sur le culte de la minceur, avec elle. C’est aussi en cela que pour moi, ce n’est pas un roman, mais un témoignage. Il n’y a pas d’introspection, pas de mise en perspective.
Il est évident que cette nénette a un problème avec sa mère, mais il n’est qu’effleuré dans le livre, et c’est bien dommage, cela aurait donné de la profondeur et une vraie densité littéraire à ce texte, peut-être…
Oui je vois mieux ce que tu veux dire.
On voit beaucoup cela sur les blogs de pro-anorexie ; elles sont au dessus de la masse, libérées des contingences matérielles.
“C’est aussi en cela que pour moi, ce n’est pas un roman, mais un témoignage. Il n’y a pas d’introspection, pas de mise en perspective.”
je crois que très malheureusement c’est ce vers quoi beaucoup s’acheminent. je ne sais si c’est Internet qui l’a amené, mais cette idée de croire que toute vie, tout témoignage est passionnant, forcément utile à faire partager, est assez inquiétante.
des blogs pro-anorexies ?!!
t’as un lien Unkle ?!
Ca me fait me demander :
est ce que ce livre a eu un peu d’écho parceque la fille, pardon, la princesse, est jolie ? Ca serait évidemment grave, et poserait celui de l’identification de jeunes filles ou femmes à un modèle médiatisé un peu déviant.
A condition que la lecture de Pénélope soit juste. Par curiosité, j’ai fait un tour sur la toile pour lire ici et là, critiques et commentaires. J’y ai lu ici des remerciements de la part d’unetelle pour la prise de conscience que ce livre lui avait permis de faire, ici ou là que c’et un très beau livre blabla, ou encore là bas que Camille est énervante de par son narcissisme.
Et j’ai cru aussi comprendre qu’elle est tout de même plus ou moins sur le chemin d’une lente guérison ?
Je crois bien que je vais devoir lire ce livre pour me faire une opinion; ou pas (le lire et tant pis pour l’opinion, je choisirai un vrai ‘roman’ ^^).
Cette mode du “je mange des nouilles donc je vous en fait part dans cet ouvrage” est vraiment vilaine. La question de savoir si l’internet l’a amené est intéressante. Intuitivement, j’aurais pensé que non, la télé, par exemple, regorge depuis longtemps de programmes basés sur ce concept. Mais en écrivant ceci, le doute se pose et je me dis qu’il faudrait sans doutes approfondir.
Non, Johnsmith, à moins que tu aies 2h à perdre, lis plutôt un vrai bon roman ! Il y en a assez comme ça !
Je me suis attardée sur celui-ci justement car elle avait reçu beaucoup de presse à l’époque, que ce sujet m’intéresse, mais aussi parce que je bosse là-dedans et que j’aime bien voir quels sont les jeunes auteurs (même quand ils ne sont pas jeunes :)) qui percent…
Donc, bon. Ce que tu dis est très intéressant, et putain, ça me fait mal, mais je pense bien que le processus de promotion de ce bouquin a évidemment été basé sur le fait que Camille est très jolie, qu’elle est entrée au Cours Florent au moment de la sortie de son livre, qu’elle veut devenir, je cite “une grande actrice”.
C’est très dommageable tout ça. Très fatigant cette mode du “le vous raconte ma vie donc c’est passionant”, cet intérêt pour un auteur parce qu’il a une vie sulfureuse ou qu’il est exquisement beau alors que sa prose est mauvaise…
C’est dommageable parce que cela laisse encore moins de place aux “vrais” créateurs, à ceux qui effectuent un réel travail sur leur écriture, qui ont un beau talent mais pas forcément une belle gueule, qui ont une femme et 2 gosses et pas une vie de bohème. Evidemment, avec ceux-là, on ne peut parler que de leur oeuvre, de leur point de vue sur le monde, et pas de leur cul.
J’aime bien les culs, attention, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit ! Et s’ils aidaient à vendre du Fitzgerald, au point où on en est, je ne serais pas contre… :)) Mais bon. Ce n’est vraiment le cas en ce monde.
Alors après, tout se complexifie… C’est une problématique globale : les éditeurs n’ont qu’à arrêter de surproduire à tour de bras et de sortir ces bouses… Oui, mais sans le succès des bouses, on ne pourrait pas financer les très bons livres qui se vendent moins… Et s’ils se vendent moins, c’est aussi parce que le public ne suit pas… Mais s’il ne suit pas, c’est parce que les media ne s’en font pas l’écho… Mais si la TV parlait de vraie littérature à heure de grande écoute, elle perdrait de l’audimat… Etc, etc, etc… C’est sans fin.
Non, je m’arrête juste à cette falsification : on écrit “roman” sur la couv, on me dit “roman” dans l’intro, et bam, publicité mensongère, un témoignage, douteux de surcroît.
Quant à savoir si notre chère princesse est bel et bien sur la voie de la guérison, je sais pas… Sur la photo la plus récente d’elle (j’ai pris celle qui correspond au moment de la sortie de Thornytorinx), on dirait qu’elle va s’évanouir tellement on voit ses os…
Enfin, en ce qui concerne internet… Cette mode de “je te raconte que ce matin, j’ai bouffé une pomme et c’est trop de la balle”, vient peut-être de plus loin, de l’auto-fiction qui a selon moi dérapé et permit l’ouverture d’une brèche moins intéressante… Les blogs pro-ana sont plus récents par exemple.
N’ayant pas non plus lu (mais bon après ceci, je crois que je vais me replonger dans la foire aux vanités, l’humour y sera moins sale…)je ne peux que saluer ce nouveau genre de rubrique sur pingoo, non seulement ton style reste quelque chose de très très agréable, mais en plus les critiques sont constructives . J’ai honte de le dire pour ce que ça te vaudra d’heures de mauvaise lecture, mais j’ai hâte de lire le prochain autodafé de pénélope!(vu le ratio de bons livres/mauvais livres je pense cependant que ça ne saurait tarder)