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On me demande toujours pourquoi je n’écris que des textes glauques et énervés. Il y a à cela plusieurs raisons fort personnelles et pathétiques, et une certaine vision de la vie. Mais même les sujets dépressifs au tempérament ricanant peuvent connaître quelques instants de plénitude… Moi, c’est avec les nains, les gnomes, les nenfants. Les petits surtout. Parce que ce sont les plus purs, ceux qui se rapprochent le plus du monde des fées. Il y a l’art aussi : la peinture, ça m’apaise. Mais plus que tout, il y a l’Italie.

C’est étrange cet amour quasi obsessionnel de l’Italie. Je n’y ai aucune famille, aucune racine. Mais j’ai eu un choc. Une évidence. Lorsque j’étais enfant, mes parents m’y ont traînée. De force. Et je suis tombée amoureuse. De tout. De la lumière, des mots, de la musique, des gens. Et j’ai fait des pieds et des mains pour apprendre l’italien. De fil en aiguilles, j’ai découvert la langue, la littérature, la culture, ce sens inné de l’art de vivre, de la poésie dans toute chose. Et j’y suis retournée. Et je n’ai plus voulu la quitter.

C’est pas que ce soit un paradis terrestre. L’horreur est partout, on est d’accord. Et pour certains, c’est un pays qui pourrait s’avérer invivable ! C’est vrai quoi. Pour y aller déjà. Quand on ne roule pas sur l’or, on prend le train. Que dis-je le « train » ?! La charrette serait le terme le plus approprié. Le tracteur. Une vieille loco toute taggée. En général on se retrouve assis, pendant 15 heures, la nuit, dans une cabine sans chauffage ou sans clim, avec des américains beaufs et gras qui braillent et s’opposent littéralement à l’éteignage de la lumière bien qu’il soit 3 heures du mat… C’est qu’il est têtu l’américain. Il crache ses chips un peu partout et étale ses grosses Nike sur votre chandail en laine, le rustre ! Bref, on crève dans un sauna limite crade, dans les joies de la promiscuité nocturne et olfactive…

Un petit café nous requinquerait…Mais pas au bar, non, vous n’y pensez pas ! Une roulotte passe toutes les heures et un monsieur sympathique fait carillonner une clochette dans vos oreilles ensommeillées… C’est donc debout dans le couloir que vous retrouverez vos compagnons d’infortune. On se sent aussi tonique que du papier mâché : l’œil morne, l’haleine fétide, le teint crayeux. Mais déjà, la musique est là : un monsieur d’un âge certain discute gentiment avec vous, on boit un café, un VRAI café, en humant l’air frais et léger. Les premières villas colorées se dessinent dans la nuit calme, au beau milieu des cyprès, des oliviers et des vignes…

On débarque à Termini Roma. Une grande et belle gare, fort moderne comparée à ses trains… 1ère règle d’or : en Italie, le temps n’existe plus. Ça a ses avantages : on traînasse au café devant un cappuccino alors qu’on est en retard au boulot, et ses inconvénients… Après tout le train n’a qu’une heure de retard (un record pour l’Italie… ).

Sur place, on n’en a pas fini avec les transports… Rome est une grande ville, et elle possède un rutilant métro… Tellement hightech qu’il ne vaut mieux pas effleurer une porte car tout risquerait de s’effondrer… Et puis il n’y a que 2 lignes, parce que dès que l’on creuse, on trouve une colonne ! Enfin, le train, à côté, c’était l’Orient Express. On prend le métro, j’insiste, pas la voiture. Jamais la voiture. Trop dangereux. Règle n°2 : tout ce qui ressemble de près ou de loin à un Stop, une priorité ou à un simple feu rouge doit être subtilement ignoré. Et ne songez même pas à une portion de route décente hein, Rome, c’est le rond point de l’Etoile 24h/24 : du pavé partout, des affolés du volant partout. Et le scooter, si on n’est pas d’ici, on évite. Pour preuve un extrait du Guide du Routard :
“Soyons honnêtes, les scooters posent quand même un petit problème au début. Trois, ou trois et demi sur un scooter, deux plus un bébé, plus un chat sur le guidon, le tout sans casque bien sûr, sont chose courante.”
Que ce soit pour l’administration ou pour le code de la route, la règle ultime c’est le bordel joyeux et limite anar’. On est pas loin du Inch’Allah oriental. Laissons aller les choses, rien n’est grave ! Tant qu’on a la famille, il vino, i gelati e l’olio d’olive…Il suffit d’une bruschetta aux tomates du jardin, d’un verre de Fragolino et d’un rayon de soleil pour être heureux…

Car on ne profite vraiment de Rome que quand on a fini d’être un touriste : bien sûr L’Italie en général est bourrée d’histoire et d’art, mais c’est la dolce vita qui vous amènera à l’état de grâce : les marchés, les odeurs, les sourires, la clarté, les couleurs d’ocre et de soleil, les petites cours regorgeant de “parole” et de verdure.

Et c’est là que l’on comprend. Le peuple italien détient une clef. Celle de la poésie dans les contradictions : un peuple qui a érigé la tchatche en sport national et la contemplation en art de vivre, qui mélange allégrement l’art et le bas-goût, le sacré et le paien, les madonnes et les putains. Un peuple qui sait tout concilier dans la légèreté et dans la joie.

Non, L’Italie n’est pas un Paradis Terrestre, mais c’est peut-être le mien !

“E cantero di quel secondo regno
Dove l’umano spirito si purga
E di salire al ciel diventa degno”

Dante. La divina comedia

“Et je chanterai ce second royaume où l’âme humaine se purifie et devient digne de monter au ciel.”

italia-mia
Posté par Pénélope (www) le 13 mars 2007 à 12:59 | Éditos de Pénélope | Trackback |


pascal le 13 mars 2007 à 13:15

Et les beaux bruns au regard ténébreu, totalement insensible ??

Penelope le 13 mars 2007 à 13:47

Non, au contraire :) Sur la photo, c’est le sublime Mastroianni ! Et mon homme est effectivement brun au regard ténébreux…

Jean Seb le 13 mars 2007 à 14:07

Une forte envie de Sud m’envahit brutalement. C’est normal ?!

BLAJACK le 13 mars 2007 à 14:26

Déja que je mourrais d’envie d’aller y passer quelques semaines, voilà qui ne va pas faciliter ma vie jusqu’à ce que j’y aille.. Curieux, je pense la même chose, avec en plus le coté glamour des belles italiennes jeunes ( car ensuite, elle perdent un peu de leur superbe en vieillissant …) Sauf certaines que nous connaissons tous, bien sûr.

Seb le 13 mars 2007 à 15:10

Ah l’Italie!
Merci pour ce post, ça fait plaisir et ça me permet de patienter un petit peu jusqu’à mes prochaines vancances, en italie…
C’est dingue moi je suis aussi amoureux, que ce soit pour le pays bien sur mais surtout pour ses gens.

Est-ce que je suis le seul à trouver la France un pays de déprimés?

johnsmith le 13 mars 2007 à 15:23

Bof
tout ce qui est est sympa et "Italien" appartient plus ou moins au passé : Peinture, sculpture, architecture, opera, cinéma…
(En France aussi, on va me dire ? :>)

Reste la langue, que je trouve magnifique, mais faudrait aimer le pays pour trouver un intérêt à l’apprendre et la pratiquer.

En tout ca, tout le monde n’a pas la même expérience idyllique que toi avec ce pays. La copine Norvégienne y a bossé et y a vécu les pires moments de sa vie : blonde repérée, contrôlée et embarquée régulièrement par les flics pour subir en cellule humiliations et sévices corporels. Bref l’art de vivre à l’italienne, quoi, le machisme ambiant typique des mediterranéens, l’incivisme et le non droit permanent dans la rue, sur la route…
Y’a sûrement autre chose. Mais très peu pour moi, je préfèrerais une autre destination, quitte à ce que ça soit l’aventure en terre inconnue.

Penelope le 13 mars 2007 à 16:02

En effet Johnsmith, mon lien avec ce pays vient d’abord de celui avec sa langue. Son histoire. Son passé. Mais ce qui me plaît c’est que ce passé est resté vivant, conservé et joyeux. Pas figé comme dans certains musées.

Je ne nie absolument pas en revanche que certains trippent plutôt sur les carribous et le froid polaire, moi, ça me gonfle grave. J’ai détesté aussi certains pays nordiques ou de l’est…

De plus, la situation politique et sociale en Italie est très, très difficile. Mais bon. Je ne parle que de MON expérience et je ne prétends pas qu’elle vaille pour tout le monde !!

Anderton le 13 mars 2007 à 16:12

J’ai découvert l’Italie tardivement, malgré une cousine installée en Calabre. Mais depuis 2003, la Sardaigne, Côme, la Sicile et surtout les Italiens m’ont donné un peu de leur lumière et de leur joie de vivre. Même, la terrible finale du Mondial, regardée en Sicile, s’est bien passée.
Sinon, vive les polars italiens : Camilleri, Carlotto, Di Cara, Fois et tutti quanti!

RoboTux le 13 mars 2007 à 17:19

Pitié… N’y a-t-il personne ici qui soit amoureux(se) de son propre pays ? Personne qui, dès le début des vacances, est en manque de sa ville ou son pays ? Et puis sérieusement le soleil … c’est surfait. Au bout de quelques jours ça devient gavant, surtout s’il fait chaud.

Personne pour aimer la pluie ?

Seb le 13 mars 2007 à 18:08

Beh tu vois Robotux, moi j habite Lille et la pluie, je commence a m en lasser si tu vois ce que je veux dire. Bon je suis pas originaire du nord, alors c peut etre pour ca… Pourtant la ville et les gens sont vraiment tres tres sympas.
C est vrai aussi que j adore ma region natale, mais force est de constater que je prefere l italie. Quand j etais en angleterre c etait le meme topo, mes compatriotes francais mexasperent de leur cynisme et de leur morosite.

jipe le 13 mars 2007 à 21:05

J’habite aussi Lille, et l’Italie, oké pour mes vacances, en fait c’est toujours mieux ailleurs avant qu’on y habite non ?

Penelope le 13 mars 2007 à 21:53

Perso, je viens du Sud, du soleil de plomb, des cigales et des odeurs entêtantes de fruits mûrs, de la marée… Oui, clairement, je préfère la lumière, la façon de vivre des pays "chauds" et sanguins, les ocres et les rouges, les garrigues à étages, plutôt que le gris, le plat et la pluie…

MAIS, je vis à Paris, ville que j’adore, où il fait un temps de chiottes (hélas), mais où je me sens heureuse et vraiment épanouie.

Donc, les 2 ne sont pas inconciliables :)) Paris est ma ville d’esprit, Rome, ma ville de coeur, Istanbul, ma ville de rêve…

Vii le 14 mars 2007 à 7:15
figounours le 14 mars 2007 à 10:28

alalala les nordistes..vous connaissez la blagues de bosso a ce propos ?
un nordiste au chomage il se suicide.un sudiste il va a la plage.
vivre au soleil a un prix a payer,c’est un choix, un mode de vie
on ne fait pas fortune en vivant dans le sud (honnetement ,je precise)
certains(nes) veulent le beurre et le cremier(re)
et jipe ,j’habite le sud et lorsque je monte en vacance sur Lille
c’est pas pour m’extasier sur Dunkerque ou Graveline
j’ai fais pas mal de voyage en Italie ..ya pas plus roublard et chauvin.qui a dit Marseillais?

Seb le 14 mars 2007 à 10:30

Tout à fait Jipe, tout à fait. C’est bien dommage d’ailleurs…

Seb le 14 mars 2007 à 10:36

Mon pôv’ figounours, le soleil te tape sur la tête vraiment très fort! Le nord c’est pas dunkerque et gravelines. Question culture et relations avec les gens le nord est vraiment incomparable avec le sud (j’ai testé les 2 longtemps)…
Et les italiens chauvins et roublards pffff… Reste chez toi alors, les voyages sont fait pour les gens ouverts d’esprit.

fritalien le 14 mars 2007 à 12:11

Je viens de lire ton post qui est superbe manque plus que les photos, et, le beau temps de ce moment fait le reste.

Comme toi je suis tombé amoureux de ce pays, où je n’ai aucun lien, lors d’un voyage en italie il y a de ça 10 ans….et le coup de foudre fut totale.Immediat, lors de la pose de mon premier pied sur le pavé romain avec la vue directe sur le forum romain.C’était comme si je retrouvé une vieille amie, que je chérissais interieurement et que toutes les emotions que je ne soupçonnais pas me revenaient en pleine figure.

Je te conseille de lire le livre d’Alberto Toscano "France-Italie:coup de tête coup de coeur" et tu comprendras pourquoi mon pseudo est fritalien.C’est un livre pour l’amitié franco-italienne et inversement , et meme un peu plus. Bonne lecture ça le mérite amplement.

figounours le 14 mars 2007 à 12:17

j’avais oublié aussi autre chose merci de me le signaler seb
un manque d’humour et de grande gueule

Seb le 14 mars 2007 à 13:03

Sacré défaut que le manque de grande gueule…

pascal le 14 mars 2007 à 13:20

Ma ville préférée c’est Naples,c’est une ambiance particulière et très dépaysante. Et puis c’est de naples que l’on part vers capri ou que l’on prends le train vers Pompéi ( villa mistéri ),
tout un programme…..
Quand aux beaux bruns au regard ténébreux,Brrrr,je déteste.
Heureusement,quand on est un grand blond au visage pâle,on est un peu exotique pour les italiennes, Et là…………………..
On a toutes ses chanses.

Seb le 14 mars 2007 à 14:06

Capri et la côte amalfitaine, mamma mia!

figounours le 14 mars 2007 à 16:19

Naples est tres jolie
et tu as raison le dépaysement est au rendez vous
la Sicile n’est pas mal aussi,pour disons, son dépaysement total
l’Italie ,pays de caractère ,de chaleureux , coeurs sur la main, le soleil sur la peau,la débrouille j’aime bien …
ahhh l’Italie mamamia(dit avec l’accent du sud)..
merci mon Dieu d’avoir des origines latines
d’être a trois heures en voiture de ce pays qui sent huile d’olive où les gens le matin sentent le café corsé

El jecko le 14 mars 2007 à 18:05

j’ai découvert Bergame…à 1/2h de Milan s’il n’y a pas de bouchon sur l’autoroute ( pas gagné…) et franchement pas mal !! deux villes, une basse et l’autre en hauteur..la vieille ville domine la nouvelle…contraste entre l’ancien et le contemporain…et sur les flancs de la colline une multitude de villas du 19eme…un régal pour ceux qui aiment les villas de cette époque comme celle de Otto Wagner dans ses débuts…c’est vrai l’Italie est un beau pays !!!
Aprés j’avoue que Rome est une ville pas comme les autres…une ambiance unique..pour tous les sceptiques de la dolce vita allez à Rome…
Petite anecdote sur Florence… Il existe une clinique qui accueille les touristes qui sont devenus fous de cette ville…ça résume l’Italie…

Franck le 26 février 2008 à 12:04

Pour avoir vécu 30 ans à Milan, j’ai hélas une vision moins idyllique de l’ITalie touristique où tout semble beau, baigné de soleil… Ah les pâtes, ah les mammas, ah… Hélas, il suffit de vouloir gratter un peu les apparences pour découvrir aussi un pays où la précarité fait rage avec des enfants de 11 ans payés 1 euro de l’heure (et qui meurent parfois dans l’indifférence la plus totale), des villes sales (comme Naples où le problème des ordures est récurrent), des banlieues asphyxiantes comme toutes les banlieues du monde (le ZEN de Palerme, Sesto San Giovanni proche de Milan)… Mais tout cela l’oeil touristique ne veut pas le voir, plongé dans cette dtacture du beau à tout prix. Ah les Italiens si beaux qui n’arrivent touhours pas à donner un PACS aux millions d’homosexuels qui vivent en Italie. Ah….

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